Toi et moi (1er jet)

J’ai ouvert les yeux dans un monde en fusion fait de feu, de chaleur, de lumière. J’en étais tout entier rempli. J’en étais l’essence, l’univers, le tout.

Et lorsque, mû par une impulsion soudaine, j’ai posé le pied hors du noyau brûlant, je me suis retrouvé englouti par les ténèbres et suffoqué par la terre dure, compacte, infranchissable. Toutes ces sensations me traversèrent, s’immiscèrent en moi, m’habitèrent, se firent miennes.

Nous ne formâmes plus qu’un autre univers.

Une autre essence.

Un autre tout.

Je venais de naître en ce monde.

Et j’avais soif de connaissance.

Immédiatement, j’appris de la terre à la façonner à mon gré. Je me frayai aussitôt un chemin dans ses entrailles ténébreuses par la seule force de ma volonté. La terre nourricière était riche et pleine d’enseignements. Chaque pierre, chaque remblai, chaque couche détenait sa propre histoire, aussi vieille que le monde même. Bien plus vieille encore que je ne le suis aujourd’hui. Que je ne le serai jamais.

J’étais si petit, minuscule et insignifiant comparé à ce que je traversais avec un soin tout particulier.

Je réussis à creuser ma première caverne souterraine à la force de mes bras, de mon esprit. J’y élis rapidement domicile. Proche du noyau incandescent qui m’avait vu naître en son sein, source de mon pouvoir, sa lumière tamisée éclairait mes galeries et sa douce chaleur s’y diffusait avec bienveillance. La terre et la roche s’étaient exécutées de bonne grâce, à présent que j’étais devenu leur maître. Néanmoins, cette grotte n’était qu’un premier jet, une tentative. Si j’étais destiné à devenir le roi de ce monde, il me fallait une résidence digne d’exercer mon nouveau statut. Un projet incommensurable, fou, insensé pour le jeune moi d’alors.

Combien de temps me fallut-il pour achever mon œuvre sacrée ? Des heures, des jours, des semaines, des mois, des années ? Je ne sais, le temps m’est tellement abstrait, encore aujourd’hui. Ce que je sais en revanche, c’est que j’y mis toute mon âme et toute mon énergie, et qu’aujourd’hui encore, il s’agit de mon œuvre la plus précieuse, la plus chère à mon cœur. Je bâtis un véritable palais souterrain aux multiples alcôves, aux centaines de chambres et de salles, aux plafonds gigantesques d’or et de pierres précieuses, aux couloirs et aux accès labyrinthiques. Je façonnai bientôt des meubles à même la roche pour mon propre confort égoïste. J’adorai tout particulièrement le fauteuil dans lequel j’aimais à réfléchir aux raisons de mon existence et à sa finalité, mais aussi à paresser sans autre but que celui de profiter de l’instant présent.

Soudain désœuvré, je m’amusai à explorer les limites de mon propre corps : je changeai à l’envi d’apparence et réussis à me fixer un point d’ancrage dans ce monde, à en faire enfin partie dans mon entier. J’aimai tout particulièrement mes pieds aux orteils allongés qui me permettaient de m’élever davantage comme pour toucher le lointain plafond du bout des doigts, mes mains fines aux longues griffes et la longue queue de chair noire qui me poussa au bas des reins. Celle-ci était d’ailleurs d’un usage plus pratique qu’esthétique : dans les méandres de mes galeries inégales, elle me permettait de conserver l’équilibre sans plus d’efforts de ma part. Elle évolua en membre préhensile par la suite, ce qui m’offrit de nouveaux horizons. Plongeant mon regard dans le noyau incandescent de la Vie, je décidai de lui rendre hommage, me créant une longue crinière de poils roux sur le sommet du crâne, qui me descendit jusqu’aux épaules et dans la nuque. Parfait. Mon apparence était désormais parfaite.

Je suis votre roi, à présent, déclamai-je à la roche dure, à la terre molle, au feu incandescent, à la chaude lumière et aux ténèbres insondables.

Il manquait cependant un artifice pour faire de moi un véritable roi à leurs yeux. Il me fallait un ornement inhabituel et reconnaissable entre mille. M’inspirant de la dureté de la roche, j’imaginai deux cornes semblables à la texture annelée se recourbant en spirales de chaque côté de ma tête. J’y ajoutai une touche de couleur pour la doter d’une aura particulière. Le doré – ou était-ce plutôt une nuance de crème ? – se répandit sur mes nouveaux artifices, pour me rappeler aux flammes de la Création. Une superbe couronne cornue ceignait à présent le sommet de mon crâne.

Satisfait, je pris alors place dans mon fauteuil favori et agençai le reste du monde qui se plia à mes moindres caprices. La longue vie qui s’annonçait à moi me promettait de grandes choses.

J’étais le plus heureux sous cette terre de félicité. Rien ne devait perturber mon quotidien.

Rien, si ce n’est… que j’étais seul au monde. Démesurément seul.

Je haussai les épaules. Balivernes ! Mon royaume comptait à lui seul des dizaines de milliers de sujets. Terre, roche, argile, pierres précieuses, ténèbres et lumière, comme autant de gais feux follets cabriolant dans mon esprit.

Cette vie emplie de solitude n’est pas la finalité de l’existence que je t’ai insufflée, me souffla un jour à l’oreille une petite voix à peine perceptible.

Mais de quoi donc se mêlait-elle ? J’étais le plus heureux sur cette terre, à régner dans un monde qui n’appartenait qu’à moi et à moi seul, et ce, pour l’éternité.

L’évidence m’avait pourtant déjà frappé comme un coup de poignard : j’étais seul. Irrémédiablement seul et condamné à le rester, à ne partager mon royaume avec personne.

Une grande tristesse m’envahit à la pensée de finir mes jours ainsi. Cette solitude m’avait déjà chatouillé de ses aiguilles à diverses reprises, mais je l’avais écartée comme un écarte un importun. Cela m’importait peu dans mes tendres années. Mes seuls désirs n’étaient tournés que vers la conception de mon œuvre. Mais à présent que celle-ci était achevée depuis longtemps… À quoi bon me servirait-il de vivre le reste de mon éternité sans personne avec qui partager mes joies, mes envies, mes déceptions et mes peines ?

Non, cette vie n’est pas celle que j’ai choisie pour toi, me souffla encore cette petite voix, à la lisière de ma conscience.

Je levai des yeux embrumés vers le plafond de rocaille loin au-dessus de ma tête. Y avait-il là quelque part un autre univers inexploré qui répondrait à mes attentes ? Je n’y tins plus, je me hissai, perçai la roche de mes griffes et creusai, creusai, à la recherche du bonheur ultime. Après un temps qui me parut interminable, une vive lumière m’aveugla. Je me recroquevillai dans le tunnel, pendant que mes yeux s’acclimataient à l’agression. Puis me hissai dans sa direction avec impatience, la peur au ventre. L’excitation de découvrir ce monde nouveau qui m’était promis.

J’ouvris de grands yeux ébahis : à mon monde souterrain succéda un autre monde à la surface, vide, obscur et poussiéreux. Une vaste plaine aux horizons infinis et ternes, surmontée d’un astre faiblement éclairé, comme perdu au beau milieu d’un fleuve d’encre grossier. Je jetai un regard de tous côtés dans le vain espoir d’apercevoir… Quoi donc ? Qu’espérai-je ainsi trouver là-haut ?

Rien. Il n’y avait rien.

Pas âme qui vive.

M’étais-je trompé ?

Mon cœur se serra. Une boule se forma dans ma gorge. Étais-je bel et bien destiné à vivre seul ?

Non, cherche mieux, susurra encore cette voix à mon oreille.

Alors, je m’exécutai, je cherchai avec ferveur celui qui m’accompagnerait dans mon règne, mes désirs, mes rêves, quitte à parcourir des distances infinies pour le trouver. Je te trouverai, toi auquel mon existence est liée. Nous régnerons sur ce monde ensemble et à jamais.

Les fruits de mes recherches demeurèrent vains. Abattu, je m’abandonnai dans la plaine. Le froid se précipita, mordit ma chair, s’intercala entre mes os. Des frissons désagréables me parcoururent l’échine. Cette sensation inédite, loin de la chaleur de mes terriers, me déstabilisa. Des parties de moi-même s’échappaient en vapeur d’eau d’entre mes lèvres. Je me recroquevillai davantage, dans l’espoir de me tenir chaud. Mais la morsure gelée s’insinua encore davantage en moi, menaçant de me paralyser à jamais.

M’avouant vaincu pour cette fois, je m’enterrai à nouveau dans ma résidence souterraine, bienveillante et chaleureuse, dans l’attente d’un nouveau moment propice pour poursuivre mes recherches.

Et je continuai à chercher encore et encore, sans répit, pendant des jours, des semaines, des mois, des années.

Je n’aurais de cesse de te trouver, toi auquel mon existence est liée.

Un imperceptible mouvement, comme une caresse, effleura un beau jour la frontière terrestre entre le monde de la surface et le mien. Je me dressai d’un bond au beau milieu de ma chambre, fixant le plafond de rocaille. Je tendis le cou à l’extrême, puis mes oreilles pointues en quête du son si particulier, si étranger. C’était un frémissement léger sur la terre même, à peine perceptible. Il résonnait en vibrations répétées loin, très loin au-dessus de ma tête. Elles s’éloignèrent.

Non !

Je bondis sur le plafond de pierre, collai l’oreille contre la roche dure.

Reviens !

Je rampai en quête du bruit, le cœur battant à tout rompre.

Ne me laisse pas !

J’empruntai finalement la galerie menant à la surface. Je l’atteignis, le souffle court avant même de me rendre compte de ce que je faisais. Seules comptaient pour moi ces vibrations ténues que je pourchassai. Celles-ci s’étaient précisées, intensifiées au fur et à mesure de mes errances.

Elles s’éloignèrent à nouveau de moi. Je bifurquai brusquement, entamai terre, argile et roche de mes griffes pour me rapprocher d’elles.

J’atteignis enfin la surface et regardai autour de moi avec un espoir renouvelé. Tous mes membres tremblaient d’une vive excitation. De fatigue et de crainte, aussi.

Plus bas sur la plaine se découpait une frêle silhouette blanche aux pieds nus. Une vague de chaleur et de joie me submergea avec une telle force que j’en eus les larmes aux yeux. Enfin, je n’étais plus seul. Désormais, nous étions deux.

L’apparition inespérée s’approcha de moi, pas à pas, sans me voir tout d’abord. Elle était fine, la peau anormalement claire, et de courts poils blancs désordonnés s’étalaient sur son crâne. Non… pas des poils. Ce qui servait de crinière à mon homologue battait, possédait une vie propre. Des ailes, il s’agissait d’ailes. Des milliers de minuscules ailes. Cette essence, ô frêle créature, me parut si petite. Si vulnérable.

J’eus immédiatement envie de m’en approcher, de la prendre dans mes bras pour la réconforter et lui donner un peu de ma force.

Elle se figea : elle venait de m’apercevoir. Des yeux de toutes les nuances de bleu et pailletés de doré se fixèrent sur moi, s’écarquillèrent de frayeur, et me dévisagèrent avec prudence.

J’ébauchai un sourire que j’espérai avenant sur ses lèvres. Y aller en douceur, pas à pas.

Avec lenteur et précaution, je m’assis en tailleur sur le sommet de mon terrier. Je souhaitai par là qu’elle se sente moins intimidée par ma présence.

« Tu étais là, je te rencontre enfin. Je te cherchais depuis si longtemps, lui dis-je d’une voix chaude, sans m’embarrasser de formalités. Je suis heureux de faire enfin ta connaissance. »

L’essence laissa échapper un soupir rassuré, me sourit en retour et s’avança vers moi.

« Nous nous rencontrons enfin, oui, il était temps. Je suis heureux de faire ta connaissance, moi aussi. »

Elle me tendit une main frêle et hésitante aux doigts blancs, son sourire s’accentua comme une sorte d’invitation intrinsèque. Je glissai d’un air gauche ma propre main dans la sienne et la surpris à grimacer. Je baissai les yeux : je venais de lui griffer le poignet. Alarmé, je me retirai et me confondis en excuses.

« Non, ce n’est rien ! Vraiment rien, voulut-elle me rassurer alors que du sang gouttait de sa blessure. Tiens, recommençons. S’il te plaît ? »

Je la blessai encore, mais elle se retint de grimacer.

À grand-peine. Ses efforts se marquèrent par ses dents crispées et un pli soucieux sur le front.

Elle pressa néanmoins ma main griffue avec tendresse. Je levai la sienne sans la lâcher pour déposer un baiser sur le poignet meurtri par ma maladresse, pour me faire pardonner. Ses joues s’empourprèrent et je la trouvai infiniment mignonne. Nos doigts s’entrelacèrent comme une promesse à ne plus jamais nous quitter.

« Nous nous sommes cherchés longtemps, me dit-elle de sa douce voix, alors ne nous quittons plus à partir de maintenant.

— Oui, après tout, ne sommes-nous pas appelés à régner sur ce monde ensemble ? »

Elle parcourut les alentours du regard d’un air perdu, puis une lueur d’espièglerie s’alluma dans ses yeux.

« À quoi bon régner sur un monde vide ? Mais ensemble, nous pourrions créer quelque chose à notre image. Qu’en dis-tu ?

— J’en dis que c’est une merveilleuse idée. Par quoi commencerons-nous ?

— Eh bien… Et si nous commencions par nous doter d’un nom propre ?

— Qu’as-tu en tête ? »

Elle toucha mes cornes du bout des doigts avec une curiosité enfantine. Elle les serra entre ses doigts, les parcourut sur toute leur longueur, en traça les contours avant de s’arrêter au lobe de mes oreilles, puis de dévier vers mon menton.

Après un bref instant de réflexion, elle me baptisa :

« Tu seras Cornu à mes yeux et au regard de ce monde naissant. »

J’en soupesai la sonorité qui grondait en moi comme un coup de tonnerre. Un ronronnement satisfait s’échappa de ma gorge, ce qui la fit sourire, puis rire.

À mon tour, je plongeai mes griffes avec d’infinies précautions dans sa chevelure qui m’intriguait tant. J’en arrachai même quelques mèches involontaires. Bouche bée, je contemplai ces proto-plumes s’agiter entre mes doigts dans un ballet effréné avant de se jeter à corps perdu au gré du vent. Je parcourus ensuite en douceur les courbes de son visage rond aux traits délicats, aux oreilles minuscules tout aussi rondes, à ces lèvres pleines et charnues, puis descendit sur le menton fuyant.

Sur le même ton solennel, je la baptisai à mon tour :

« Tu seras Ailé à mes yeux et au regard de ce monde naissant. »

Nous nous fréquentâmes régulièrement à partir de ce jour. Nous apprîmes à modeler notre essence à l’envi, bien qu’elle préférât un corps femelle pour compléter au mieux, me disait-elle, mon corps mâle préféré.

J’étais fasciné par ses yeux, son visage, ses sourires, sa douceur. Je l’ai adoré depuis la toute première minute, depuis le tout premier instant.

Je t’ai trouvé, toi à laquelle mon existence est liée. Nous régnerons sur ce monde ensemble et à jamais.

Pour créer ce monde, il nous fallait en semer les premières graines afin d’en récolter les fruits de nos labeurs. Je présentai à mon compagnon d’essence ma dernière création : une double graine germante. Nous la plantâmes ensemble au centre de la plaine. Malheureusement, nos efforts s’avérèrent vains : rien n’émergea de la terre. M’étais-je trompé ?

« Ce n’est pas grave, me consola-t-il en apercevant ma mine affligée, nous essaierons encore et encore. Nous ne devons pas nous décourager. Ce monde sera le nôtre, tôt ou tard.

— Si nous ne pouvons créer, toutes nos tentatives seront vouées à l’échec. Tu le sais tout autant que moi. À quoi bon s’échiner si le résultat n’en vaut jamais la peine ? »

J’avais déjà baissé les bras, j’étais découragé. Tant d’efforts, tant d’idées… J’avais tant voulu le surprendre, j’aurais tellement aimé voir apparaître ce monde idéal que nous chérissions tant en pensées.

J’éclatai en sanglots devant mon inutilité, mon incapacité à apporter quelque chose de concret à ce monde, mon impuissance à satisfaire mon partenaire de vie.

Il posa une main réconfortante sur mon épaule, m’attrapa le menton de l’autre pour me faire tourner la tête et déposer un baiser frais comme une brise sur mon front offert, entre mes cornes. Je fermai les yeux, me laissai porter par l’instant présent. L’instant suivant, j’étais devenue une petite chose fragile dans ses bras. Je laissai échapper une sorte de ronronnement de contentement lorsqu’il épongea mes larmes de ses pouces, puis caressa affectueusement mes joues en plongeant son regard dans le mien. Il souriait, aussi lumineux que le jour, aussi radieux qu’à l’accoutumée. Comme au premier jour, je me noyai dans ce ciel magnifique, me perdis dans sa contemplation pleine et entière.

Ses traits affirmés, carrés, dessinaient la courbe parfaite de sa mâchoire et de son menton plus volontaire. Ses épaules, larges et puissantes, me donnaient envie de m’y abandonner tout entière.

La voix profonde et chaleureuse d’Ailé chanta à mes oreilles :

« Regarde-moi. Ne regarde que moi. Je vais t’offrir le plus précieux des présents. »

Il se métamorphosa sous mes yeux pour adopter son apparence préférée : celle sous laquelle je l’avais connu, celle d’une femme frêle à la beauté stupéfiante.

Elle s’éloigna de moi, battit le sol de ses pieds nus et blancs, tourna en une pirouette gracieuse, les yeux fixés sur ma personne. Elle voltigeait dans la poussière avec une telle légèreté qu’elle me fit l’effet d’être irréelle, inaccessible. Elle tournait, dansait au son d’une musique qu’elle était seule à entendre. Le vent la parait d’une aura céleste alors qu’elle tournoyait à nouveau sur elle-même, puis bondissait soudain pour atterrir en parfait équilibre sur la pointe des pieds. Et jamais les beaux yeux bleus ne se détournèrent de moi.

Comme en réponse à un stimulus invisible, mon apparence se modifia, retrouva ses atours de Cornu mâle. De nouvelles larmes salées roulèrent le long de mes joues devant ce spectacle à nul autre pareil. Il m’était impossible de détourner les yeux du corps qu’Ailée m’offrait avec toute sa simplicité espiègle. Je désirais la rejoindre du plus profond de mon âme, mais je n’aurais jamais égalé la beauté qui s’ouvrait devant moi, et j’avais peur de briser ce moment intime que j’avais le privilège d’admirer.

Quelque chose tomba du ciel, comme des dizaines, puis des centaines, puis des milliers de traits glacés sur ma peau. Cette dernière me piqua, fuma, brûla vif. Je poussai un cri, levai des yeux paniqués vers le ciel devenu gris et courus me réfugier sous terre. Ma compagne continuait de danser en riant aux éclats et en offrant son visage à ce qui tombait des nuages. Mon feu intérieur repoussa instinctivement l’humidité glacée pour me régénérer.

Je me créai un toit fait de terre et d’argile pour me réfugier à l’abri de cette eau traîtresse et continuai à observer ma compagne avec une admiration des plus respectueuses. Elle avait fermé les yeux, s’abandonnant tout entière aux pleurs du ciel venus saluer sa beauté et son audace. J’étais toujours incapable de détourner les yeux d’elle, tout en m’estimant chanceux de l’avoir rencontrée.

La danse prit fin brutalement : Ailée pointait du doigt quelque chose dans le sol et poussait de petits cris surexcités. Les pleurs du ciel s’étaient arrêtés. Je m’extirpai de mon refuge avec prudence pour rejoindre ma compagne et comprendre les raisons de son excitation : une pousse avait émergé de la terre où j’avais planté ma précieuse graine. Celle-ci était lisse, spiralée et une feuille dentelée prenait même toute la place. Une seconde pousse, comme jalouse du succès de sa sœur, la rejoignit, ardente, vindicative et couverte d’épines. Elle se mêla à la première pour ne plus former qu’une seule et même tige, un seul et même cœur, une seule et même essence.

« Ma graine a… éclos, constatai-je sans y croire.

— Oui ! Oui ! Elle a éclos ! »

Nous avions les larmes aux yeux de joie. Sans réfléchir, je saisis les bras de ma compagne et l’entraînai dans une valse maladroite. Nous tournâmes ensemble en riant comme des enfants, avant de nous enlacer avec affection.

« Nous avons réussi, scandai-je avec émotion. Nous avons réussi ! Ce présent était une idée merveilleuse. Je ne pourrai jamais assez te remercier.

— Ce que nous avons fait, nous l’avons fait ensemble. C’est donc ensemble qu’il nous faut continuer sur cette voie. »

Ses yeux brillèrent d’une étrange manière lorsqu’elle caressa ma joue, mais je n’y prêtai aucune attention. Nous allions créer notre monde idéal.

« Oui, nous allons régner sur ce monde ensemble, et le forger à notre image et à notre idéal. »

Nos doigts s’entrelacèrent.

Ensemble.

Nous échangeâmes un sourire complice.

Ensemble.

Et à jamais.

Edit : J’ai préféré indiquer qu’il s’agissait d’un 1er jet (non travaillé donc) après qu’on m’ait gentiment informée que j’avais commis quelques monumentales bourdes en physique, nulle en physique que je suis 😀

Je vous posterai une version finale et retravaillée de cet extrait en temps voulu, du coup 😉

Comme quoi… tous les premiers jets sont effectivement dégueulasses *rires*

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Bilan d’écriture de mars 2021

Bonjour à tous !

Cette fois-ci, je ne suis pas en retard, c’est un véritable exploit ! Quoi ? Je suis sûre que vous attendiez la phrase rituelle, avouez ? 😀

Pour changer, je ne me morfondrai pas sur ce mois de mars… qui fut mon mois le plus productif. Et boudiou ! Quelle productivité ! O.O J’avoue, j’ai fait le compte avant la fin du mois pour me donner une idée et j’en suis restée bouche bée, littéralement. C’est quand même fou de ne pas ressentir à ce point le travail qu’on peut abattre en écriture.

Détaillons tout cela pas à pas comme d’habitude 😉

Bilan d’écriture de mars

Ce mois-ci, je me suis principalement concentrée sur l’avancée de Luciole, tout en reprenant ma réécriture du Renard Invisible au passage, comme vous avez sûrement pu le deviner dans les derniers extraits postés coup sur coup ces derniers jours.

Voilà donc ce que tout cela a donné en chiffres :

  • Je comptabilise 9.525 mots dans l’écriture de Luciole ;
  • Je comptabilise 8.947 mots dans la réécriture du Renard Invisible.

Ce qui nous fait un total mensuel de 18.472 mots écrits tous projets confondus.

Je… Je n’ai pas les mots, j’en reste encore comme deux ronds de flanc *rires* Lorsque j’avais fait le décompte pour la première fois, entre le 23 et le 27 mars, j’en étais rendue à 7.700 mots pour Luciole et 6.060 pour Le Renard, mais j’y ai facilement gagné plus de 2.000 mots en quelques jours de temps, je suis soufflée. Je n’ai jamais écrit autant en un mois, c’est vraiment quelque chose de stupéfiant. Je vais mettre du temps à m’en remettre *rires*

Stupéfaction mise à part, je pense surtout que ce glorieux résultat est dû à mon acharnement. Cette fois-ci, j’étais bien décidée à écrire un peu tous les jours, même si ce n’était que 15 ou 30 minutes le matin à la sauvette avant d’aller au boulot. Parfois un peu au boulot même, entre deux appels ou deux emails, comme ça, furtivement. Et puis, il faut dire que je m’amuse beaucoup actuellement sur ces deux projets. La reprise du Renard d’ailleurs m’est venue sur un coup de tête à la moitié du mois : la mythologie grecque me manquait, le couple Hermès/Nyssa me manquait et c’est tout naturellement que je me suis ré-immergée dans leur univers.

Plus en détails sur mes deux projets (avec deux petites surprises) :

Luciole

Plus la peine de présenter ce projet qui revient successivement tous les mois, je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage. Je compte bien arriver au bout de cette chose, même si cela doit me prendre trois ans de plus !

Le projet, fort de son année et demi d’existence, atteint désormais les 66.230 mots, soit 384.919 sec, soit 115 pages word en Georgia 11,5. Il prend de plus en plus d’ampleur en grandissant lentement mais sûrement, ça fait plaisir 😀

Je suis arrivée à un moment charnière du récit (LE point où je voulais arriver) et… je l’ai dépassé, même si j’en explore toujours les conséquences. Ce point charnière, qu’est-ce que c’était ? La mise en danger réelle du héros. La majorité d’entre vous le sait déjà, le héros de cette histoire, c’est Dragomir le féetaud vampire. Un héros flegmatique déconnecté du monde et aux aspirations différentes des êtres humains. Un héros qui ne répond pas aux faiblesses classiques du vampire : il aime l’ail (avec modération tout de même, il préfère le goût de l’oignon), ne devient pas cendres au soleil (même s’il y est effectivement allergique) et ne craint pas les pieux dans le cœur (disons que c’est une opération quasi impossible à mener sachant qu’il maîtrise la télékinésie).

Alors quoi ? Est-il invincible ? Non, pas du tout. Le vampirisme est un faux problème, c’est sous l’angle féérique qu’il faut ainsi l’aborder. Quelle est la faiblesse ultime d’une fée ? Le fer et ses alliages. J’ai donc intégré l’idée que le fer était un poison pour les fées, au même titre que l’acide l’est pour nous, c’est-à-dire que le fer entre dans le sang en détruisant toutes les cellules sur son passage, fait fondre la chair, disloque les membres… Une véritable boucherie si la victime n’est pas traitée à temps, c’est-à-dire dans les quelques secondes qui suivent l’injection mortelle. C’est donc exactement ce qu’il se passe dans ce moment charnière : alors que Dragomir retirait les fers de Dana (la jument) qui la faisaient souffrir, Lucian remarque toutes les précautions que la fée prend pour les retirer tout en l’utilisant, lui, pour les bringuebaler très loin du château. Il n’en faut pas plus pour lui donner l’idée de mettre un fer dans les mains nues du féetaud. Tout le monde de Nox part ainsi en sucette, à commencer par le château (qui est vivant jusqu’à un certain point et connecté à son maître) qui se rebiffe et cherche à tuer le gamin avant d’être arrêté par son maître. Ledit maître trop occupé à se soigner, à récupérer, à extraire le poison… puis qui tente de raisonner ses envies de meurtre. Non, les fées ne font pas dans la dentelle *rires*

Pas d’assassinat du petit Lucian, heureusement pour lui, mais l’événement vaut bien une cassure de principe féérique : le gamin en sera quitte d’un châtiment corporel infligé par un château très zélé et une fée savourant sa position dominante. Oui, c’est un point malsain. Oui, c’est fait exprès. Non, je ne fais pas l’apologie des châtiments corporels même si j’adore les représenter dans mes histoires (enfance cartoon où c’était très représenté, tout ça) et que je n’ose pas. Oui, je me suis dit que flûte c’était mon histoire, qu’on était en bordure de l’Antiquité et du Moyen-Âge et que c’était donc amplement justifié par le contexte historique. Voilà, c’était ma minute justification. Mine de rien, après un blocage initial à écrire cette scène (pour plein de raisons, dont le jugement des autres en première place), j’y ai pris beaucoup de plaisir et le lâcher prise m’a permis de poursuivre plus allègrement la suite.

Parce que oui, la suite, c’est que Dragomir met le nez de Lucian dans ses propres torts : le gamin est confronté physiquement à son village détruit, à ses souvenirs (le pillage et la mise à sac par des bandits) et à ceux des morts (via la magie de Dragomir). Les tensions s’apaisent entre eux, Lucian souhaite venger son village et le féetaud s’exécute de bonne grâce car il a lui-même quelques comptes à régler : le fait d’être devenu un bouc émissaire malgré lui, qu’on dévaste son territoire de chasse et le peu de vie sociale qu’il avait jusqu’alors. Inadmissible !

Dragomir remonte la piste lunaire jusqu’à l’antre des pillards qu’il massacre allègrement et avec force détails (on va dire gentiment que c’est « public averti » puisqu’il y a quand même un type contraint de se mettre un couteau dans son œil et à fouailler dedans 😀 Quoi ? Comment ça ? Je n’ai rien dit !) avant de se rendre compte qu’ils sont menés par une semi-Dullahan en fuite.

Une Dulla-quoi ?

Ceci :

Un Dullahan portant sa tête

C’est une créature issue du folklore celtique que j’ai évoquée pour la première fois… dans l’histoire du Moineau Tigré. Hé oui ! Les Dullahan font partie des croyances brittanico-irlando-écossaises, comme Raheem est britannique à la base et qu’il fait un petit passage en Irlande pour y rencontrer ses cousins, c’est donc tout naturellement que je glisse quelques mots dessus.

En pratique dans mon projet, qu’est-ce que c’est donc ? C’est une créature féérique créée par Makhia (vous savez, la fée mage noire) et/ou sa fille Vel dans un but de servitude. En pratique toujours, leurs amants humains élus peuvent aussi se métamorphoser en Dullahan (car le monde d’Avalon, pétri de magie, fait parfois des associations assez drôles). C’est le cas du mari de Vel, par exemple. Je suis encore en train de réfléchir à si je le prénomme Obéron (je voudrais en intégrer un :D) ou si je le laisse pour une lignée plus tardive, c’est à voir !

Bref, revenons à nos Dullahan. Ce sont des créatures folkloriques celtiques annonciatrices et pourvoyeuses de mort. Ce sont nos Faucheuses, si vous préférez. C’est-à-dire que lorsqu’elles arrêtent leur cheval, quelqu’un va mourir ; lorsque quelqu’un les fixe trop longtemps, ce quelqu’un va mourir sous peu ; que leur fouet est fait d’une colonne vertébrale humaine et que leur monture exhale des flammes bleues par les naseaux, tout autant que leur cou lorsque les Dullahan détachent leur tête de leur corps. Magnifique tableau, non ? 😀 On a tout de suite envie de prendre le thé avec.

Retour à nos brigands. Leur chef est donc une semi-Dullahan, c’est-à-dire un être possédant une bonne part d’humanité encore contre trop peu de sang féérique. Pour autant, elle vivait à Avalon jusqu’au moment où, en ayant marre des règles, elle prit la tangente, se constitua une petite bande et vécut de morts et de rapines ensuite en mettant le plus de distance possible entre Avalon et elle, sait-on jamais. Malheureusement pour elle, elle va se fracasser à un Dragomir peu jouasse. Trop jeune, elle n’a jamais connu notre féetaud en tant que courtisan de la cour (ne divulgâchons pas trop le plaisir) et vice-versa. Une relation de supériorité va se nouer entre eux et elle va être obligée de collaborer avec notre ami lunaire, du moins en théorie.

Mes dernières lignes en petit extrait, parce que je suis d’humeur jouasse contrairement à mon chouchou à jabot :3

Petites précisions : Dragomir s’était transformé en étalon souris pour suivre la piste de lune et s’est laissé capturer par les pillards tel quel. Et lorsqu’il reprend son apparence féérique, il est nu (oui, c’est important, comme c’est pas spécialement précisé dans l’extrait ici).

Une décharge mentale empoisonnée envahit l’esprit de Dragomir à ces mots. Il érigea aussitôt ses barrières mentales pour repousser l’assaut. D’un cabré vindicatif, il renvoya l’attaque à l’envoyeur. Son esprit fracassa celui de sa congénère comme on enfonce une porte. 
Elle hurla, se prit la tête entre les mains, tomba à genoux.
L’immortel se retira de son esprit avant de causer le moindre dommage irréversible. Tuer des mortels était une chose. Une autre fée en revanche…
Il rompit ses liens, retrouva son apparence coutumière de sídhe pour lui cracher de fureur :
« Qui es-tu donc ? À quoi rime donc toute cette mise en scène ? »
L’encapuchonnée continuait à se tordre sur le sol en gémissant.
Les yeux vermillon s’embrasèrent tandis que Dragomir lui imposait une nouvelle force mentale.
« Réponds-moi, dullahan sídhe !
— A-Arlen, couina la tueuse réduite à l’état de petite souris effrayée. J’ai fui la cour il y a trois ans. Pitié, seigneur ! »
Quelques mèches d’un blond pâle s’échappèrent de son capuchon.
« Aie pitié, seigneur.
— Tout comme tu as eu pitié des villages que tu as terrassés, des fléaux que tu as provoqués ?
— Je ne peux renier ma nature profonde de dullahan, seigneur. »
Dragomir relâcha la pression infligée sur son esprit. Son manque d’expérience en la matière de duels mentaux décriait sa jeunesse. À son ordre tacite, la magie coula ses griffes sur le capuchon et découvrit une masse de cheveux blonds mâtinés de roux, un visage anguleux dénué d’imperfections propres à la féérie et ses longues oreilles pointues fétiches. Ses lèvres fines tremblotaient de douleur et de frayeur mêlées.
Le féetaud l’étudia sous toutes ses coutures, dans l’espoir d’apercevoir sur ses traits un visage familier, mais cette jeune fée lui était inconnue. Assurément née après mon exil.

Spéciale dédicace à notre petite Arlen de la communauté Scribbook qui m’inspira le nom du personnage éponyme 😉 Notre Muse de tous les instants et notre tueuse de mots en chef ! *rires*

Le Renard Invisible

Comme je le disais plus haut, l’univers du panthéon grec me manquait. Ceux qui me connaissent le plus intimement savent à quel point les mythologies, et plus particulièrement la grecque, me fascinent et me filent de petites étoiles dans les yeux chaque fois que j’imagine les dieux agir ou parler dans leurs histoires. J’en arrive au point de me dire que les mythes narrés ont certainement un fond de vérité mais ont été enjolivés par les poètes et les aèdes pour que le récit devienne plus épique, plus prenant. On le voit d’ailleurs aussi dans nos romans à nous ou dans les films : la fiction dépasse souvent le possible des réalités pour les transcender, sublimer et ainsi susciter l’intérêt.

Aparté philosophique mis à part, je me suis donc remis à la réécriture du Renard et j’ai pris plaisir à retrouver notre petite Nyssa, perdue au beau milieu de sa relation naissante avec Hermès. C’est un récit tragique à la base, mais dans lequel la comédie n’arrête pas de s’inviter, un peu comme dans Mauvaise Passe. Le mélange est assez drôle finalement, tout en rendant les protagonistes très humains.

Ce projet atteint actuellement les 31.412 mots, soit 180.725 sec, soit 52 pages word en Georgia 11,5. Je pense pouvoir dire sans rougir que sa première version en tant que nouvelle n’en était qu’un vulgaire résumé, quand on voit déjà le mastodonte que ça promet de devenir *rires*.

Lorsque j’ai repris le récit, je devais réécrire toute la partie autour du cadeau de la cape/chlamyde qui rend Nyssa invisible. Le tout m’a pris un peu de temps, car d’un petit moment lambda, c’est devenu une grosse partie, mais j’en suis arrivée au bout. J’ai donc choisi de représenter l’application même de la cape in medias res. Soit qu’Hermès lui propose de mener un cambriolage avec lui (on est ou on n’est pas le dieu des voleurs, après tout), qu’elle accepte et se retrouve embarquée dans quelque chose qui la dépasse totalement (les gardes qui bouclent tous les quartiers, etc.) au point qu’elle ait besoin de sa cape. Ladite cape est montrée sous deux aspects :

1) La chlamyde vient d’être offerte mais ne fonctionne pas.

Une lueur de curiosité évidente dût briller dans son regard, car Hermès devança la question qui lui brûlait les lèvres :
« En effet, cette chlamyde a quelque chose d'extraordinaire. Elle permet à son porteur de se rendre invisible en cas d'extrême nécessité. »
L'hétaïre haussa le sourcil après avoir fixé un bref instant ses épaules toujours bien présentes.
« J'ai du mal à te croire sur parole. Absolument aucune partie de mon anatomie n'a disparu sous cette cape. »
Il étouffa un rire de gorge et lui tapota gentiment le nez avant de rétorquer, moqueur :
« Ce pourquoi j'ai bien précisé en cas d'extrême nécessité. Tu n'écoutes pas, ma rusée.
— Es-tu sûr et certain que ce n'est pas toi qui insuffles ses prophéties à la Pythie ? Car je finis vraiment par le croire.
— Cela m'arrive, de temps en temps. Les conséquences en sont toujours amusantes. »
Elle affecta un air choqué, bouche bée, auquel il ne répondit que par son éternel clin d’œil malicieux.

2) Le fonctionnement réel de la chlamyde.

Avec des gestes fébriles, Nyssa découvrit sa chlamyde et s'en recouvrit tout en se rencognant dans un recoin. Elle s'accroupit sous le vêtement en s'efforçant de se faire la plus petite possible. Cette nuit, elle n'était plus une renarde, mais une souris apeurée. 
Les miliciens s'arrêtèrent à sa hauteur. Ils examinèrent le mur qui fermaient la ruelle avec attention, suspectant un passage un passage invisible, puis se regardèrent, interloqués.
« J’ai pourtant vu ce vagabond entrer dans cette ruelle. Je n’ai pas rêvé ! s’écria l’un, interdit.
— Tu n’es pas fou. Il doit être dans les parages », répondit l’un de ses compères en continuant de farfouiller.
Il se baissa sur ces entrefaites pour continuer à chercher le cambrioleur supposé, à tâtons. Nyssa rejeta vivement ses pieds en arrière ; le garde n’était qu’à quelques pouces de ses chevilles. La main calleuse fureta encore un peu sur la droite jusqu’à frôler le bord de la chlamyde qui enveloppait la jeune femme. Cette dernière retint son souffle. D’une prière muette, elle demanda aux dieux de lui accorder la vie sauve.

Je pense que c’est un peu plus clair ainsi de comprendre ce que je voulais dire avec cette cape/chlamyde. Après ce petit passage-là, les deux amants s’offrent une nuit d’amour bien méritée (c’est grave d’ailleurs mais à chaque fois qu’ils se voient, ça se termine dans un lit… Je ne cherche plus !) et c’est à ce moment-là bien précis qu’Héron (l’un des héros d’Une entente inattendue) est conçu. Et aussi à partir de ce moment-là que Nyssa acquiert sa petite notoriété de Renarde Invisible (en coulisses toujours, à voir si je détaille ce point en relecture par la suite).

Par la suite, Nyssa se rend compte qu’elle est tombée enceinte, consulte des sages-femmes en coulisses, c’est la liesse, les mois passent. Mélion (ex-bras droit d’Hermès et nouveau garde de Nyssa, ainsi que leur ami à tous deux) devient père un peu avant notre renarde et c’est l’occasion pour moi d’explorer les deux fêtes autour de la naissance découvertes tout récemment :

Ce qu’il faut savoir déjà, c’est qu’à l’accouchement (à Athènes en tout cas, lieu qui nous occupe), c’est la sage-femme qui décide si l’enfant a le droit de vivre ou non. Si elle affirme que l’enfant est viable, elle le couche au sol après la naissance. Le père de famille, qui a le droit de vie et de mort sur ses enfants également, ne conteste généralement pas cette décision (car elle lui ôte le poids de la décision, car oui, c’est un choix lourd à porter malgré tout).

Ensuite vient la première fête, entre trois et cinq jours après la naissance : les Amphidromies. Un membre de la famille (souvent le père) présente le nouveau-né au foyer de la maison (personnifiant la déesse Hestia) pour le présenter officiellement comme nouveau membre de la famille et le « purifier » par le feu. Pour ce faire, le parent porte l’enfant et effectue des cercles tout autour du foyer. Les circonvolutions sont des rituels de purification très souvent pratiqués à l’époque, car le cercle permet souvent de purifier ce qu’il entoure avant de jeter/tuer ce qui est extérieur (souvent la personne effectuant la circonvolution, qui emporte avec elle toute « l’impureté » du monde). Dans le cas de la naissance, c’est un peu différent, car on ne tue pas le bébé ensuite (ni le père, heureusement *rires*), mais ça suit la même logique. C’est la première phase de reconnaissance de l’enfant par le père de famille au sein de sa famille. Cette fête se déroule en petit comité avec les parents et les personnes (esclaves, servantes, sages-femmes) ayant assisté à la naissance.

Enfin, la seconde fête, la dekatè, a lieu entre cinq et dix jours après la naissance. Il s’agit de la seconde phase de reconnaissance de l’enfant par le père de famille, et ceci devant témoins. En effet, on invite les amis, les voisins, les parents, etc. à une grande fête (victuailles à foison, sacrifices offerts aux dieux, etc.) durant laquelle le père de famille donne enfin son nom à l’enfant, ce qui lui permet d’exister en tant qu’individu à part entière dans la cellule familiale.

Pourquoi dix jours plus tard seulement ? À l’époque, le risque de mortalité infantile était très élevé, ce pourquoi on préconisait une attente de cinq à dix jours avant de réellement s’attacher à l’enfant, de peur qu’il ne décède avant. Ajoutons à cela que lors de la grossesse, la future maman devait impérativement éviter le vin, la nourriture salée ou trop grasse pour mener le bébé à terme.

J’ai bien l’intention d’explorer tout ça, d’abord avec Mélion, ensuite avec notre petit couple préféré. Je sens que je vais bien m’amuser ^.^ Mélion d’ailleurs, pour la petite histoire, était un personnage que j’avais créé comme faire-valoir d’Hermès… dans le Story Creator Mode d’Assassin’s Creed Odyssey. Il avait pour rôle de filer les requêtes d’Hermès au héros (Alexios/Kassandra) et de lui servir de porte-parole. Et comme j’aimais bien ce personnage de base, je l’ai donc tout naturellement introduit dans Le Renard, ce qui m’a permis de lui donner une vraie personnalité et un petit caractère (quelqu’un de réservé et de secret, aimant à se cacher sous sa chlamyde, mais très à l’écoute).

Mes dernières lignes d’écriture entament d’ailleurs la dekatè de sa fille (Hermès étant présent sous son déguisement de mortel) :

L’heureux père emporta la délicieuse petite dans ses bras avec gaucherie, puis une assurance toute nouvelle. Il prononça solennellement les paroles rituelles :
« Je reconnais cette enfant comme la chair de ma chair, le sang de mon sang. Elle est et sera ma fille pour les jours, semaines, mois et années à venir. Elle portera le nom de Mégara. »
Ovation dans la salle. Des félicitations fusèrent. Le vin retrouva le chemin des coupes. Les danseuses et musiciennes s’en donnèrent à cœur joie pour célébrer d’autant plus fort l’événement. Au cours de la soirée, Mélion convoqua ses invités dans la cour pour le sacrifice d’une brebis.
« Je remercie chaque jour que les dieux nous accordent sur cette terre. Il est d’autant plus juste qu’ils réclament leur part de la fête. Ce soir, je deviens leur humble serviteur et pourvoyeur, et les convie à la fête. »
Il coula un long regard entendu à Hermès qui hocha gravement la tête. Le dieu des voleurs subtilisa une part du sacrifice pour la dévorer en toute discrétion sous l’œil inquisiteur de sa compagne. Nyssa se garda de tout commentaire : cette offrande lui était destinée en partie, après tout. 

Petit aparté sur Soluna

Je l’avais déjà annoncé voilà bien longtemps, mais Luciole était promis à être un diptyque à la base. Le premier tome, Luciole, se concentrant sur Dragomir et sa relation naissante avec Lucian et Dana ; le second tome se concentrant sur Lucian et son évolution dans le monde incroyable des fées. J’ai trouvé le nom de ce second tome : Soluna. Je cherchais quelque chose d’aussi symbolique que le terme Luciole qui se réfère au surnom que prendra Lucian ; il me fallait donc un surnom qui désigne Dragomir pour lui faire écho. Mon féetaud possède pléthore de surnoms : Licorne lunaire, Lune d’argent, Licorne d’argent et autres assimilés. Mais je trouvais ces surnoms trop longs, trop évidents, trop évocateurs. Je souhaitais quelque chose du même effet que Luciole dont on ne découvre la vraie signification que tard dans le récit, tout en étant envoyé sur une fausse piste par les lucioles du prélude. Dans le même temps, je souhaitais évoquer la relation très particulière qui unit Dragomir à Aurore, puisqu’elle sera au cœur de ce récit. C’est ainsi qu’est né Soluna :

Nous étions uns.
Indivisibles.
Inséparables.
Et pourtant, nous avons été arrachés l'un à l'autre.
Toi, mon adorée, pour régner sur la nuit.
Moi, ton plus fidèle serviteur, pour régner sur le jour.
Mais alors, nous étions incomplets, nantis d'un éternel manque.
« Mon amante, mon adorée, luis donc pour éclairer mon chemin dans la nuit noire, afin que je puisse te retrouver.
— Mon cher ami, effleure-moi donc de tes rayons d'or, afin que je puisse te rejoindre au firmament. »
Éperdus, éperdus, tels deux âmes en peine, nous essayâmes de nous retrouver, jour après jour, nuit après nuit, en éternelle quête de complétude.
En vain.
Ainsi naquit le premier chagrin d'amour de la Création.
Entre chien et loup, l'Arbre-Cerf entendit un jour nos complaintes et dressa haut sa tête vers les cieux.
« Vénérés Sol et Luna, votre peine m'émeut et me touche. Je ne puis vous laisser ainsi. Je souhaite exaucer votre souhait. Acceptez de devenir mes fruits ; vous renaîtrez, vous croîtrez et vous rejoindrez enfin. Vous régnerez sans partage sur la Terre, le Ciel, la Mer et toutes les créatures vivantes en ce monde. Voici le cadeau que je vous offre. »
Nous acceptâmes et nous devînmes des fruits de l'Arbre-Monde.

Quelques indices sont donnés dans ce petit prélude à Soluna, mais sans doute pas assez pour comprendre. Je retrouverai sans doute mon bêta-lecteur préféré en position fœtale au fin fond de son lit devant tant de bêtise scientifique, mais j’ai pris un parti complètement fantaisiste pour le coup. Parce que l’occasion était trop belle et que surtout, cela m’évoquait le mythe de Hati et Skoll, les deux loups nordiques pourchassant la lune et le soleil.

Là où Luciole explorait davantage les facettes de la lune, Soluna s’attachera à explorer les facettes du soleil, donc, d’où le point de vue solaire de l’extrait. Je vais vous laisser spéculer sur les identités réelles de « Sol » et de « Luna » parce que je suis cruelle 😀 et parce que je n’ai pas envie de vous gâcher la surprise. Mais comme j’aime bien semer des miettes de pain un peu partout, je pense que la réponse est à la fois cachée (non dite de manière brute) tout en étant évidente. Mon cercle intime connaît déjà la réponse à cette question, ce sont de petits privilégiés ^.^

Projets pour avril : le camp NaNo

Avril démarre sur les chapeaux de roue ! Dans la communauté Scribbook où je suis, nous nous sommes lancés comme défi de faire le camp NaNo d’avril. Ce sera mon premier NaNo et je me dis que je le fais surtout pour rigoler un bon coup, passer un bon moment avant tout. Et pour ce camp, j’ai déjà choisi et entamé mon projet : ce sera une autre réécriture.

Laquelle, me direz-vous ? Il y a quelques temps, je vous avais parlé de vouloir réécrire Une entente inattendue, vous vous souvenez ? Hé bien voilà ! Nous y sommes ! Je pars pour ce faire dans une optique de suite directe au Renard Invisible (qui va donc devenir le récit de l’histoire de Nyssa, puis de son fils Héron d’où le titre volontairement neutre) avec le seul point de vue d’Héron au cours du récit. Et là déjà, il y a pas mal de choses à dire.

Mon « petit » plan sur Scribbook

Cela n’a l’air de rien, ce plan, mais ça va me faire des pages et des pages et des pages de trucs à dire. Surtout que comme je ne vais avoir accès qu’à son point de vue, il va falloir que je développe la relation Héron/Alessia/Zacharias autrement. Mais ça promet d’être drôle 😀 Toutes ces péripéties ou presque (en tout cas la première partie du plan) viennent de sessions de RP effectuées avec une amie à moi (que je remercierai toujours pour son inspiration sans bornes 😉 ) et que je remets à plat par écrit. Le personnage de Lauréa est d’ailleurs le sien, que je vais tâcher de reproduire le plus fidèlement possible (je l’autorise à me taper sur les doigts et à me maudire pour les prochaines sept générations si ce n’est pas le cas). Son personnage reste bien entendu sa propriété, nous sommes ici co-autrices de ces péripéties (même si je vais l’écrire à deux mains ‘-‘). L’Olympe n’a qu’à bien se tenir !

Un petit début tout en douceur du NaNo où Héron se fait agresser par un faucon-qui-n’est-pas-un-faucon – il s’agit d’Hermès déguisé, ce qui n’est pas un spoiler puisqu’on le sait déjà à la fin du Renard Invisible partie Nyssa normalement 😉 :

Héron se rencogna davantage contre le tronc du haut olivier. Le préadolescent d'une douzaine d'années s'était endormi sur une branche à mi-hauteur, caché aux yeux du monde par la végétation. La brise estivale lui chatouilla les joues et ébouriffa davantage ses cheveux noirs. Héron remua le nez, puis tourna la tête dans un soupir. Une forte pression sur les genoux lui fit entrouvrir les paupières. Un faucon crécerelle au plumage orangé moucheté de noir le fixait depuis son perchoir improvisé.
« Salut, Hiérakos [1], le salua le préadolescent d'une voix endormie, ça fait longtemps. »
Les griffes acérées du rapace s'enfoncèrent davantage dans sa chair. Le préadolescent se redressa d'un bond dans un « Aïe ! » retentissant et repoussa l'oiseau sans ménagement. Hiérakos s'accrocha dur comme fer en réclamant à tue-tête : 
« Ki, ki, ki !
— Tu me fais mal, abruti ! Laisse-moi tranquille ! »
Le faucon lui jeta un long regard de reproche, puis prit son essor sans demander son reste. Il devait avoir faim, sans doute ? Peu importe. Je verrai plus tard, songea Héron en refermant les yeux dans un bâillement. Le disque d'Hélios lui mordait les paupières comme une exhortation à se lever, à croire que toute la nature s'était liguée contre lui.
Quelque chose le percuta violemment sur l'épaule. Héron bascula dans un cri de panique, tentant tant bien que mal de se rattraper aux branches inférieures. Peine perdue ! Elles lui glissèrent cruellement des mains. La cime de l'arbre s'éloigna de plus en plus. Les bras d'Héron battirent l'air, puis... un choc sourd et une douleur lancinante dans l'arrière-train le tirèrent définitivement des bras de Morphée.
« Ah ! Skatos porneion [2]! »
S'ensuivit une autre flopée d'injures tout aussi fleuries pendant que le pauvre garçon accusait sa chute. Il se massa dos et hanches dans une grimace, trop heureux de n'avoir rien de cassé.
 « Ça fait un mal de chien ! »
Le faucon, confortablement perché sur la branche qui accueillait précédemment Héron, se lissa les plumes avec indifférence.
« C'est malin, ça ! Non mais t'es cinglé ou quoi ? T'aurais pu me tuer, sale volatile ! »
Le rapace sortit la tête de sous son aile et gratifia le préadolescent d'un regard courroucé, les plumes de son cou tout ébouriffées. Sans qu'il puisse s'en expliquer la raison, Héron rentra aussitôt la tête entre ses épaules, comme frappé par la foudre.
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[1] Hiérakos, soit en grec ancien ἱέραξ, hiéraks « faucon ».
[2] Skatos (σκατός) est le génitif singulier de skỗr (σκῶρ, « excrément ») et donc complément du nom de porneion (πορνεῖον, « bordel »). Donc en bon résumé, Héron dit 
« bordel de merde ! »

Un début qui commence sur les chapeaux de roue donc *rires* J’ai hâte d’écrire la suite.

Voilà, c’est tout pour le moment (même si c’est déjà pas mal !). Je vous dis à la prochaine pour le prochain compte-rendu ou de prochains extraits 😉

Portez-vous bien et à bientôt !

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Sonate au clair de lune ~ Lune sombre & Lune de sang

Préambule

Bonjour à tous !

Comme je l’ai fait il y a quelques jours pour Le Renard Invisible, je m’en vais vous partager aussi un gros extrait de Luciole, histoire de rétablir l’équilibre.

Pour ceux qui seraient déjà familiers de l’univers de ma féérie et qui pensaient naïvement que Dragomir était une fée (un féetaud, mes excuses, monsieur !) guindée et très pataude dans ses relations avec autrui, voire parfois indélicate… vous n’avez encore rien vu ~.^ L’extrait ci-dessous expose la pire facette de Dragomir, une facette primitive profondément enfouie en chaque fée. Une facette terriblement destructrice.

Ce petit préambule pour vous prévenir : âmes sensibles, passez votre chemin 😉

Les douze coups de Nocturna [1] résonnèrent alors qu’il tournait la dernière page d’un chapitre de ses doigts dénudés ; ses gants gisaient sagement sur la table de chevet, aux côtés du lit, pour un meilleur confort de lecture.

Le féetaud surprit les pas du garçonnet dans le corridor, bien avant que celui-ci ne passe la tête dans l’embrasure de la porte. Un bref coup d’œil jeté à la dérobée lui renvoya la vision d’un regard scrutateur, quoique timide.

Dragomir corna la page de son ouvrage, le referma, puis dit avec douceur :

« Qu’y a-t-il ? En quoi puis-je t’être utile ? »

Lucian était toujours en chemise de nuit ; il venait sans doute possible de sortir de sa sieste improvisée.

« J’ai un petit cadeau pour toi, bredouilla-t-il avec hésitation.

— Ah oui ? Vraiment ? Quelle délicate attention. »

S’était-il enfin décidé à faire la paix au bout de toutes ces nuits de lutte acharnée ? Le bon sens s’était-il lui aussi décidé à lui rendre visite, finalement ?

Le petit garçon entra dans la chambre, les mains derrière le dos ; il souhaitait cacher son présent ? Soit. Un rictus amusé affleura sur les lèvres de Dragomir qui lui fit signe d’approcher.

« Viens, allons ! Je ne vais pas te manger, petite chose. »

L’enfant approcha encore, à petits pas.

« Hé bien ? Quel est donc ce fameux présent ? Je ne le vois pas.

— Tends d’abord les mains et je te le donne.

— Comme ceci ? » répondit le féetaud en s’exécutant de bonne grâce.

Lucian lui déposa entre les mains un objet au contact froid. Piquant. Une sensation d’intense brûlure lui remonta le long des doigts jusqu’à son système nerveux. Dragomir étouffa une exclamation de douleur et étudia l’objet du regard ; il s’agissait de l’un des quatre fers à cheval de Dana.

Du fer.

L’information arriva trop tard : ses doigts fondaient comme neige au soleil. Dans un cri inhumain et suraigu, l’immortel rejeta le fer dans un coin de la pièce.

Trop tard.

Le bûcher incendiaire se propagea le long de ses phalanges, de ses poignets.

Il toucha les avant-bras, les épaules, remonta insidieusement la ligne du cou.

Sa poitrine explosa en milliards d’étincelles de souffrance.

Le fer avait taillé à vif dans ses nerfs, dans ses chairs.

Sa magie intérieure hurla à pleins poumons. Un nouveau cri inhumain s’échappa de sa gorge. Les murs du château se raidirent. Une masse noire indistincte dégoutta bientôt des plinthes et du sol de pierre, prête à avaler l’assassin autoproclamé.

Tuer le meurtrier… Tuer le meurtrier. Tuer. Le. MEURTRIER !

Au moment où le château frappait sa cible, celle-ci s’envola en hurlant à travers le dédale de couloirs de l’étage.

Dragomir se rua hors de la pièce. Il se heurta à la console, près de la porte. Empoigna la poignée d’un tiroir dont il vida le contenu dans le corridor. Il trébucha, à demi rampant, en direction des toilettes.

Le lavabo. Vite ! Le lavabo !

Ses veines gonflaient de manière anormale. Que tout s’arrête, que tout s’arrête, que tout s’arrê…

Il ouvrit les robinets de bronze avec peine ; ses doigts glissaient, incapables de maintenir une pression suffisante. Le grincement familier résonna comme une délivrance au moment où le tuyau cracha enfin une eau claire et pure. Le féetaud y passa abondamment les doigts pour en ôter toute trace de ce poison mortel. Il défit ses vêtements, passa un linge humide sur chaque centimètre carré de sa peau, ouvrit l’armoire à pharmacie pour s’asperger de lotion d’huile de camomille et de millepertuis.

La magie se tut dans son esprit et dans son âme.

Dragomir descendit avec lenteur le grand escalier jusqu’à la cuisine. Le château le caressa du bout d’une tapisserie élimée, comme pour le réconforter, lui apporter son soutien plein et entier. Le féetaud ouvrit mentalement la porte d’une armoire pour y dénicher un sac de farine de lin ; un bol évasé voleta jusqu’à lui, puis se posa en douceur sur le plan de travail. Quelques fleurs de souci d’un jaune orangé et une tige de prêle broyées dans un mortier se mêlèrent au mélange de farine et d’eau pour former une sorte de pâte que l’immortel appliqua sur ses mains.

Il grimaça aussitôt, grinça des dents. Le cataplasme raviva un instant la douleur, puis lui apporta un intense soulagement. Dragomir laissa agir quelques minutes avant de puiser en lui suffisamment d’énergie pour purger ses nerfs brisés, ses tendons arrachés, ses cartilages malmenés du poison insidieux qui les avait pénétrés, mis à mal.

Il avait eu de la chance.

S’il n’avait pas réagi à temps, ce fer l’aurait rongé mentalement aussi bien que physiquement. Le féetaud contempla ses mains carbonisées, ses outils de travail, si chers à son cœur, détruits. Il inspira profondément et se força au calme.

Les mortels me prouvent, une fois encore, qu’ils sont indignes de mon intérêt.

Il relâcha la pression, puisa encore dans sa magie, frêle lapin terré au fin fond de son être. Sa conscience l’effleura, la prit dans ses bras mentaux pour la rassurer. C’est difficile, je le sais bien, mais je vais avoir besoin de toi pour reconstruire ce qui a été détruit.

Oui.

La vision fantasmagorique disparut ; ses doigts crépitèrent de magie, s’illuminèrent de mille feux. Dragomir fouilla dans sa mémoire à la recherche des enseignements de sa sœur Morgane : Soin des brûlures bénignes et graves à l’égard des novices. Il s’affaira ensuite au travail de reconstitution de ce qui avait été abîmé ou détruit, bout de chair par bout de chair, centimètre de peau par centimètre de peau, cellule par cellule. Peu à peu et avec toute sa volonté, ses mains reprirent couleur et consistance charnelle. Peu à peu, le temps s’affairait à remonter ses aiguilles pour se replonger dans le passé insouciant qui était et qui aurait dû continuer à être.

Il fallut un long moment à Dragomir pour retrouver conscience de ce qui l’entourait, à la sortie de la transe de guérison qui l’avait assailli ; la grande horloge du salon s’affolait depuis le moment du drame, battements de cœur effrénés d’un corps de pierre paniqué. Le féetaud effleura la conscience du château, s’y entremêla pour l’apaiser, le réconforter. Calme-toi, Nox. Je suis en vie et compte bien le rester. Le carillon de l’horloge cessa de sonner, peu à peu. Mais au fait, où était l’enfant ?

Le château lui ouvrit la voie à cette pensée, à la lueur des torchères. Dragomir suivit lentement les couloirs sinueux en direction du patio, véritable cœur du bâtiment. Les ténèbres entouraient le garçon perdu. Fleurs et herbes, jusqu’alors amicales, s’étaient refermées sur ses membres comme autant de ronces épineuses. Le jardin l’avait fait prisonnier dans l’attente du juste courroux de son maître. Ce dernier fit claquer ses bottines à talonnettes sur les pavés du chemin qui ceignait le patio.

À quelle sauce vais-je donc bien pouvoir te manger, petit d’humain ? M’inspirerai-je de ma sœur Makhia [2] pour te faire cuire au court-bouillon, de mes frères marins pour te noyer dans la baignoire ou du simple plaisir de te faire rebondir de plus en plus haut jusqu’à ce que tes membres se disloquent ?

L’image d’une Dana furieuse s’imposa à son esprit. Non. La mort, quoique tentante, de cette petite chose en larmes à ses pieds n’était malheureusement pas une option. Et puis… pour le moment, Dragomir en avait encore besoin vivant. Il n’allait tout de même pas refuser une réserve gratuite de sang en cas de besoin.

Réfléchis… Qu’utilisent donc les mortels comme châtiments, dans ce genre de cas ?

La pendaison et la crémation sur un bûcher s’imposèrent à son esprit. Il les écarta derechef : encore et toujours la sacro-sainte condamnation à mort. À éviter. De même pour la décapitation. La crucifixion le viderait purement et simplement de son sang… ce serait d’un gaspillage sans nom.

Un souvenir se fraya un passage, entre tous les autres : celui d’une mère poursuivant son enfant au village. Elle était furieuse, brandissait une cuillère en bois et tempêtait des « Ah, tu vas voir, si je t’attrape ! » De fait, il ne fallait jamais sous-estimer une mère : elle avait rattrapé son gamin affolé en quelques enjambées, l’avait cloué au sol et s’était empressée de lui dénuder les fesses pour y appliquer quelques coups bien sentis de sa cuillère, sous les rires de ses voisins. Le féetaud n’avait alors pas saisi l’amusement derrière toute cette violence gratuite. Barbares que ces mortels primitifs à l’intellect limité.

Il examina ses mains qui, bien qu’ayant repris leur éclat d’antan, n’en demeuraient pas moins touchées par le barbarisme caractéristique des humains. Invisibles à un œil non féérique, les affres de l’attaque ferrique demeuraient creusées dans sa chair. Brûlures presque indiscernables, à jamais marquées à même sa peau pour l’éternité. Dragomir serra les poings. Il s’efforça de compter mentalement jusqu’à dix en se remémorant les hurlements du gamin châtié jadis, vision ô combien apaisante. Peut-être pourrait-il en jouer tout au long de la vie de Lucian ?

Non. Une simple menace n’aurait aucun effet tangible. Agir, oui, il lui faudrait agir mais… s’abandonner ainsi à de telles violences primitives… ? Tout de même ? Ne serait-ce pas là s’abaisser au rang des Hommes ?

De toute façon, sa magie s’était atténuée à un point critique ; en dormance, il lui faudrait quelques jours pour récupérer du long travail de reconstruction charnelle. Qu’y avait-il à perdre à parler la langue des Hommes ?

Les herbacées s’écartèrent lorsque l’immortel tendit la main pour agripper l’épaule du garçonnet. Il résista à l’envie dévorante de lui broyer les os pour n’exercer qu’une lourde pression. Il s’accroupit à son niveau pour que leurs regards se croisent. Le petit lut-il de la fureur dans le sien ? Il esquissa un mouvement de recul, les yeux écarquillés d’horreur.

Dragomir insuffla autant de venin que possible dans sa voix mielleuse lorsqu’il lui annonça :

« Ton petit cadeau a fait son petit effet, je dois l’admettre, mais je n’en suis guère satisfait. Il n’est pas de très bon goût d’offrir du fer à un sídhe [3]. J’espère toutefois que mes souffrances t’ont bien amusé ? »

Pas de réponse de la part du garçon, bien entendu.

Le féetaud pencha la tête sur le côté et dévoila ses canines à dessein.

Fini le temps de la gentille féérie pure, innocente, bonne sans condition. Quelqu’un allait payer l’affront subi. Et immédiatement.

Lucian se débattit, mais Dragomir l’attrapa par la nuque sans cesser de rapprocher son visage du sien.

« Sais-tu, mon jeune ami, que les grosses bêtises comme celles-ci se paient comptant ? »

Si seulement je pouvais avoir l’occasion de le marquer à vie, tout autant qu’il m’a marqué.

« Connais-tu le proverbe ‘’œil pour œil, dent pour dent‘’ ? »

Pas tout de suite, non. Il voulait jouer un peu avec sa proie au préalable.

Il relâcha légèrement sa prise pour ne pas étouffer le gosse. Leurs nez se touchaient presque. Il lui serait si aisé de planter ses crocs dans sa gorge, de lui arracher la jugulaire et de pomper son fluide vital jusqu’à la dernière goutte. De rendre vraies les croyances erronées des Hommes.

Non plus. Dragomir entacherait ses habits ; ce serait fâcheux. Le sang était une véritable crasse à nettoyer.

Le cœur du gamin battait à cent à l’heure en véritable tambour de guerre à ses oreilles. Chacun de ses organes, de ses muscles, de ses nerfs répondait à cette mélodie inconsciente. Douce musique à ses oreilles que l’angoisse d’un ennemi.

La vie ne tenait qu’à un fil si ténu. Qu’il était aisé de le couper !

Interlude

La mise au point effectuée, Dragomir emmène Lucian jusqu’à son visage carbonisé en se prenant de commentaires sarcastiques sur la situation, afin de mettre le gamin bien en face de la vérité. Les choses s’apaisent un peu, mais la rancœur est toujours là. Les morts sont enterrés, les événements reconstitués par l’intermédiaire de la lune, puis…

Lucian lui saisit la manche, juste avant qu’il ne l’ôte. Il avait des yeux brillant de nouvelles larmes, mais un éclat de colère lui disputait la tristesse au fin fond de ses prunelles sombres.

« Tue-les. Tue-les tous !

— À tes ordres, petite chose. »

Dana revenait vers eux, dépitée. Elle s’ébroua à deux ou trois reprises en revenant à leur hauteur. Ce genre d’apparitions avait tôt fait de perturber le règne animal.

« Veux-tu bien m’excuser pour ce tour de passe-passe, chère amie ? »

Il effleura sa conscience chevaline ; leurs esprits s’entremêlèrent un bref instant. Craintes, doutes, colère. Autant d’émotions tourbillonnaient dans la tête de l’équidé. Dragomir les enlaça de ses bras spirituels et la douce jument retrouva sa sérénité. Le contact se rompit. Dana lui poussa le menton du bout du nez et mâchonna l’un de ses cheveux. Le féetaud lui caressa la joue.

« Je comprends ta peine et ton ressentiment. Vous serez tous deux vengés, je vous en fais la promesse. Pourrais-tu, s’il te plaît, en attendant prendre soin de mes vêtements ? Je n’en aurai plus besoin avant un moment. »

Il défroissa consciencieusement, puis déposa chacun de ses habits sur le dos de la jument. Elle dressa les oreilles avec curiosité. Lucian battit des paupières, bouche bée d’apercevoir le féetaud dans son plus simple appareil. Sans ressentir ni honte ni embarras, ce dernier se métamorphosa sous leurs yeux en un étalon racé d’un gris souris. Les deux équidés se reniflèrent, nez à nez, puis s’avancèrent vers la crinière de l’un et de l’autre pour un toilettage d’usage. Une petite main frôla la croupe du féetaud qui consentit à baisser la tête vers l’enfant. Il lui souffla dessus, le poussa doucement du museau. Sa queue fouetta l’air. Il s’éloigna de ses compagnons, se leva sur ses postérieurs pour les saluer et partit au triple galop à la suite des rubans argentés. [4]

[…]

Les deux compères ne tardèrent pas à pointer le bout de leur nez à l’extérieur. L’un n’avait pas été gâté par Mère Nature avec son gros nez aplati, son crâne dégarni et sa dent branlante de nouveau-né lorsqu’il daignait ouvrir la bouche. Pour l’heure, la bouche en effet, il l’avait grande ouverte.

« Putain, Aurel ! s’exclama Tête d’œuf. T’as vu ça ?

— Evidemment que j’ai vu. Il est superbe. Attends, bouge pas. »

Le second, plus décharné que son compère, possédait aussi de petits yeux noirs sournois et une masse de cheveux gris sales qui se fondait à merveille avec la couleur de son manteau rapiécé. Il s’empressa d’attraper une corde et de la nouer en licou, avant de s’approcher de l’animal.

Le féetaud-étalon continuait de les observer à la dérobée, sans perdre une miette du spectacle. D’une commune mesure, il dressa la tête et les oreilles, en simulant un état d’alerte, et arrêta son regard sur les deux malfrats.

Ils se figèrent.

Dragomir bondit sur le côté dans un simulacre de fuite, ses poursuivants sur les talons. D’autres voix émergèrent du fond de la caverne, puis sortirent à l’air libre pour assister au spectacle. L’immortel reconnut parmi eux un individu encapuchonné de pied en cap à la stature reconnaissable entre mille : il s’agissait du meneur de la bande. Plus fluet que les autres, il n’en avait pas moins un regard d’acier à faire trembler un gros bras un rien bravache. Fourreau noué à la ceinture, Dragomir devinait le portrait d’un homme qui ne se séparait que rarement de son arme fétiche.

D’une ruade, le féetaud découragea le squelettique et l’envoya rouler dans le pré. Oh et puis, il était bien temps de s’amuser un peu, de temps en temps. Tête d’œuf ramassa la corde en héritage et effectua de grands moulinets peu convaincants. Pour un peu, Dragomir en aurait haussé un sourcil de dérision. Le gros bras demeura coi, bras ballants, lorsque l’étalon lui fit face avec un stoïcisme peu habituel pour quelqu’un de son espèce.

[…]

Le chef demeurait silencieux et attentif. L’étalon féérique esquiva le licou d’un bond sur le côté et mordit la main grasse à sa portée. Tête d’œuf poussa un hurlement de douleur et lâcha le licou à son tour. Dragomir caracola autour d’un promontoire herbu avec fierté ; il les provoquait à dessein.

Le chef des brigands donna des ordres codés à l’aide d’une gestuelle précise ; ses hommes se dispersèrent tout autour de leur cible, chacun armé de cordes. À nouveau, le féetaud s’esquiva par des bonds ou des ruades. Lorsqu’il jeta un nouveau coup d’œil à l’entrée de la grotte, il constata avec surprise que l’encapuchonné avait disparu. Ses oreilles pivotèrent en même temps que sa tête : le brigand surgit à son côté et enserra son cou d’un nœud assuré. Il était manifestement doué pour un mortel. Si les circonstances avaient été différentes, peut-être Dragomir l’aurait-il honoré d’un don. Peut-être, ou peut-être pas.

L’encapuchonné attira l’équidé captif au plus près de lui pour en tâter la robe et les éventuelles imperfections. Il n’en trouva bien évidemment aucune et siffla d’admiration.

[…]

Dragomir attendit patiemment que la méfiance des hommes s’endorme avant de mettre son plan en action. Les éclaireurs étaient revenus bredouilles de leur exploration. Tandis qu’ils se faisaient vertement sermonner par leur hiérarchie, le féetaud accrocha le regard d’un simple d’esprit occupé à se curer les ongles de la pointe de son couteau.

Un hurlement de douleur perturba le cours des remontrances. Tout le monde se retourna sur le malheureux qui s’agitait, la main en sang. La lame lui avait transpercé le doigt et sectionné la phalange. Ce n’est vraiment pas de chance, ironisa le féetaud satisfait.

« Putain, Sylvan ! T’es con ou bien ?

— Mon doigt ! Mon doigt !

— Garrottez-le-lui avant que ça parte en hémorragie, ordonna la brigande à chaperon, et nettoyez-moi tout ça. »

Dragomir ajouta un soupçon de force mentale supplémentaire ; la main du malheureux tenait toujours le couteau. Elle se leva et enfonça ce dernier dans la gorge de l’un de ses compères. Ce dernier s’effondra dans un gargouillis étouffé. Tous les autres esquissèrent un mouvement de recul. L’un des pillards joignit ses mains en signe de prière, implorant un dieu inexistant. Les peurs de ses compagnons bondissaient dans la pièce comme des lièvres affolés. La même question brûlait toutes les lèvres : « Qu’est-ce que c’était que tout ce bordel ? »

Ce n’est que moi, songea le féetaud en souriant intérieurement.

Le dénommé Sylvan arracha son couteau de la gorge de son ancien camarade. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, en proie à la plus grande terreur. Abrégeons donc les souffrances de ce pauvre garçon. Sa main armée trembla violemment lorsqu’il la leva à hauteur de son visage.

« Sylvan ? Qu’est-ce que tu fous encore ?

— Arrête ça ! Fais pas le con ! »

Le malheureux se saisit de son poignet à l’aide de sa main libre.

Un effort inutile, commenta le féetaud.

L’instant suivant, la lame du poignard rencontra le globe oculaire.

Nouveau hurlement.

Le couteau fouailla allègrement dans les tissus sans prêter attention aux cris de son maître. Un brigand se jeta à corps perdu sur le malheureux pour extraire l’arme de l’œil de son propriétaire devenu fou.

Un autre effort inutile.

Dragomir enfonça à nouveau les portes de l’esprit de Sylvan comme s’il s’était agi d’une porte ouvert. L’effet fut immédiat : le couteau atteignit le nerf optique, puis toucha le cerveau. Dans un ultime tremblement, sa victime s’écroula. Encore en vie pour l’heure, mais plus pour longtemps.

Que ton cœur s’arrête de battre, je te l’ordonne.

« Sylvan ? Sylvan ? »

Le compère secouriste le retourna sur le dos, dans un mouvement de panique. Il ôta le couteau, tâta le pouls. Les battements du cœur s’espacèrent peu à peu jusqu’au paisible néant de la mort.

Et de deux. Au suivant…

L’indomptable Fuil s’agitait non loin du féetaud : il se cabrait, grognait, hennissait. Ses yeux noirs avaient pris la teinte du sang, ses naseaux crachaient à nouveau des flammes. Ses sabots heurtèrent la barricade de fortune sur laquelle la harde était attachée. L’excitation habitait ses flancs, ses pensées.

« Fuil devient fou ! Il va tout casser ! »

Dragomir reporta les yeux sur les pillards, accrocha le regard de plusieurs d’entre eux facilement. Son sourire intérieur s’élargit. La suite se transforma en un capharnaüm macabre et incohérent : Virgil abattit sa massue sur la tête d’Aurel qui lui-même pourfendait la gorge d’un troisième. Un quatrième couina de terreur alors que ses mains s’emparaient du couteau abandonné de feu Sylvan pour s’écorcher la peau en commençant par les orteils pour remonter jusqu’au visage. Les couinements se muèrent en hurlements et en pleurs. Le malheureux tenta de résister à son tour mais un coup de fouet mental le renvoya aussitôt dans sa cage au fin fond de son esprit. Un cinquième se jeta vif dans le feu…

L’encapuchonnée assistait à la mort de ses hommes sans ciller, sans même une once de sentiment. Pire, l’éclat de l’avidité brillait dans ses yeux sombres.

Sitôt le dernier homme tombé tel une feuille morte fauchée par l’automne, la brigande s’avança dans la direction de l’étalon souris tout en gardant une distance minimale.

« J’aurais dû me douter qu’une si belle bête capturée aurait un prix si lourd à payer. Mais je regrette, cher ami, je n’ai aucune intention de retourner à Avalon. Porte donc mon message à la reine. »

Une décharge mentale empoisonnée envahit l’esprit de Dragomir à ces mots. Il érigea aussitôt ses barrières mentales pour repousser l’assaut. D’un cabré vindicatif, il renvoya l’attaque à l’envoyeur. Son esprit fracassa celui de sa congénère comme on enfonce une porte.

Elle hurla, se prit la tête entre les mains, tomba à genoux.

L’immortel se retira de son esprit avant de causer le moindre dommage irréversible. Tuer des mortels était une chose. Une autre fée en revanche…

Quelques notes

[1] Nocturna est un synonyme de minuit pour les fées.


[2] Makhia est une autre soeur aînée. Elle personnifie la magie noire (et toute la malveillance qui en découle) à l’état pur.


[3] Le terme « sídhe » est celui par lequel se désignent les fées entre elles, grosso modo.


[4] Les rubans argentés sont en fait des liens de lune créés et manipulés par Dragomir qui se trouve être une fée possédant des pouvoirs étroits avec l’astre lunaire.

Le petit mot de la fin

Lune, lune écarlate
Ombres brunes dans le ciel mat
Lune, lune peau de lait
Fuis, fuis donc, Été !
Hiver est là désormais
Paré d'atours enrubannés. 

Lune, lune de sang
Pleine de meurtres au firmament
Lune, lune d'argent
Coule, coule au fil de l'eau
Les fragments des gisants
Couverts de leurs maux. 

Lune, lune vermillon
D'entre les mondes, tu es le pont
Lune, lune immaculée
Serpente, serpente le ruban dans le vent
Dîme des rapines payée
Aux paisibles brigands.

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Naissance de la Renarde Invisible

Préambule

Cet extrait est une réécriture mettant en scène l’utilisation de la cape emblématique de l’héroïne, Nyssa d’Athènes. Cet extrait aura fini par se prendre en main tout seul avec ses insinuations grivoises (*rires*) et nous propose aussi sur la fin les prémisses d’un renardeau à venir. Bien qu’il s’agisse d’une réécriture, il s’agit d’un 1er jet et demi, pour ainsi dire. Quelques détails devront être peaufinés en relecture par la suite ^.^

Je préfère prévenir directement mais la fin glisse vers le -18. Âmes sensibles de la chose s’abstenir, même si la scène est très largement édulcorée dans cet extrait-ci.

Bonne lecture !

Nyssa menait une vie désormais rangée d’hétaïre, maîtresse des hommes qu’elle admettait dans sa couche, ou plutôt qui le croyaient aisément grâce aux infusions de graines de pavot dont elle les gratifiait. Dans son cœur et dans son esprit, un seul d’entre eux occupait toutes ses pensées : Hermès l’insaisissable, aux pieds ailés portés par le vent. Lui seul était capable de l’envelopper de ce doux frisson de volupté et d’amour. Il pouvait s’écouler des semaines, voire des mois avant qu’elle ne le revît, dans une attente perpétuelle cruelle de l’apercevoir parmi ses soupirants habituels.

Tyché [1] lui sourit lorsque le fier Hermès rejoignit une nuit sa couche pour l’honorer dans un silence feutré. Il se coula dans son dos comme un chat et l’enlaça comme si sa place avait toujours été à son côté, et qu’il ne s’était levé que pour soulager un besoin naturel. Nyssa sourit, éveillée par ce soudain contact, et se retourna pour lui jeter les bras autour du cou. Ils s’embrassèrent avec passion.

« N’aurais-tu donc plus d’olisbos [2] à m’offrir pour meubler tes absences ?

— M’aurais-tu réellement préféré un olisbos ? »

Il fit mine d’entrouvrir une paupière endormie. Faussement endormie, elle le savait.

Nyssa minauda à dessein :

« Hm… peut-être bien ? Qui sait ? »

Une vive tape sur le nez en châtiment eut tôt fait de venir à bout de son sérieux : elle pouffa de rire. Hermès roula aussitôt sur elle pour la dominer de toute sa taille.

« Ah ? Vraiment ? Il est grand temps de rétablir l’ordre dans mon couple. Ce chaos néfaste n’a que trop duré. »

La jeune femme continua de glousser, même lorsque son amant s’empara de ses lèvres avec passion pour l’emmener redécouvrir le pays de l’Amour.

Leur faim de l’autre assouvie, ils s’enlacèrent, puis se recouvrirent précipitamment des draps pour se protéger de la fraîcheur de la nuit.

Hermès lui caressait le dos tout en lui embrassant le bout du nez, un endroit qu’il se plaisait tout particulièrement à couvrir de ses baisers empressés.

« Je t’ai apporté quelque présent, ma renarde. J’ose espérer qu’ils seront dignes de toi.

— Et tu ne me le dis que maintenant ? »

L’hétaïre se redressa dans le lit, mais il la retint par le poignet dans une invite tacite à se recoucher.

« Ils ont bien attendu quelques heures que nous en eussions terminé. Je gage qu’ils peuvent encore tenir jusqu’au point du jour. Ce ne sont que des babioles. »

Elle se coula à nouveau dans ses bras, huma son parfum musqué, le nez fiché dans le creux de son cou. Oui, les présents attendraient bien quelques heures de plus. Qu’étaient-ce donc que ces cadeaux illusoires alors que l’homme rêvé l’enveloppait de ses bras protecteurs et aimants ?

« Tu as raison. Je préfère me blottir contre ta poitrine pour achever ma nuit. Tu es plus confortable.

— Profiteuse !

— Folle serait la renarde qui refuserait de saisir toute opportunité s’offrant à elle », conclut-elle avec une vindicte malicieuse.

Hermès ne répondit rien, mais son sourire en disait suffisamment long dans son demi-sommeil. Étouffant un bâillement, l’hétaïre retrouva le monde ensommeillé d’Hypnos, à la suite de son compagnon.

Au matin, son amant l’accueillit d’un akratismós [3] copieux au saut du lit, composé de pain d’orge, d’une écuelle de vin pour l’y tremper généreusement, de quelques tranches de fromage et d’un bol d’olives fraîches. Nyssa lui déroba le fruit qu’il s’apprêtait à mettre en bouche en gloussant ; qu’il avait été facile de le laisser s’occuper de la cuisine, au vu de la ferveur et de la passion qu’il mettait dans la préparation des plats. Un régal pour les papilles, pourquoi s’en serait-elle donc privée ?

« Fais attention, renarde, tu marches sur des charbons ardents, la prévint-il avant de déposer le plateau pour la rejoindre dans le lit et lui donner une excellente raison de glousser.

— Non ! Arrête ! »

Ils bataillèrent en riant comme des enfants entre les draps. La jeune femme sonna la reddition en lui tendant un bout de pain trempé de vin en signe de réconciliation, que l’amant déshonoré accepta de fort bonne grâce. La suite du repas se déroula plus calmement, entre regards et sourires complices.

Après s’être essuyé les doigts d’un linge humide, Nyssa n’y tint plus et ouvrit les hostilités :

« Et donc, ces présents ? Où sont-ils ?

— Ah, les femmes ! Toutes aussi impatientes les unes que les autres !

— Ah, les hommes ! Tous aussi hâtifs de nous voir nous pâmer à leurs pieds ! » répliqua-t-elle sur le même ton.

Des rires légers fusèrent.

Hermès s’excusa quelques instants pour sortir de la pièce, puis y revenir en portant une étoffe d’un bleu nuit entre les doigts. Sur le tissu en lin ouvragé de bonne facture se dessinait le motif d’un renard juché sur ses postérieurs et déroulant une sorte de cape autour de lui à l’aide de ses antérieurs, semblant disparaître derrière celle-ci comme par enchantement.

« C’est une chlamyde [4] ? Elle est magnifique ! »

Le vêtement coulait entre ses doigts comme de l’eau, si doux au toucher. Des nuances de bleu et de noir chatoyaient au gré des trames, pour le plaisir seul des yeux. Le blanc utilisé pour le motif n’en brillait que plus fort encore et les yeux fauves du renard semblaient narguer la jeune femme, tout en l’invitant au jeu par son espèce de sourire carnassier. Nyssa s’en drapa les épaules avec félicité ; la chlamyde retomba en une douce caresse autour de sa peau. Un véritable délice.

« Elle est vraiment douce au toucher, le lin a été tissé avec une grande finesse. Il n’y a aucun défaut.

— Athéna s’efforce d’atteindre la perfection à chaque fois qu’elle file.

— Athéna ? »

Un hoquet s’étrangla dans sa gorge.

« La déesse Athéna en personne ?

— Bien entendu. Qui d’autre ? »

Nyssa lui adressa un coup d’œil circonspect, tout à coup.

« Laisse-moi deviner : elle aussi te devait une faveur, n’est-ce pas ? »

Hermès sourit de toutes ses dents.

« Ton nez est fin, renarde, tu as bien deviné. En réalité, peu de gens ou de dieux peuvent se targuer de n’avoir aucun service à me rendre.

— Je vois. »

Un rictus amusé naquit sur les lèvres de la jeune femme.

« C’est plutôt pratique lorsqu’on a besoin de quelque chose : on sait à quelle adresse frapper pour obtenir ce que l’on désire. Un sacré passe-droit. »

Et si l’on devait se fier aux mythes, les dieux créaient rarement quelque chose de banal aux yeux des mortels. Une lueur de curiosité évidente dût briller dans son regard, car Hermès devança la question qui lui brûlait les lèvres :

« En effet, cette chlamyde a quelque chose d’extraordinaire. Elle permet à son porteur de se rendre invisible en cas d’extrême nécessité. »

L’hétaïre haussa le sourcil après avoir fixé un bref instant ses épaules toujours bien présentes.

« J’ai du mal à te croire sur parole. Absolument aucune partie de mon anatomie n’a disparu sous cette cape. »

Il étouffa un rire de gorge et lui tapota gentiment le nez avant de rétorquer, moqueur :

« Ce pourquoi j’ai bien précisé en cas d’extrême nécessité. Tu n’écoutes pas, ma rusée.

— Es-tu sûr et certain que ce n’est pas toi qui insuffles ses prophéties à la Pythie ? Car je finis vraiment par le croire.

— Cela m’arrive, de temps en temps. Les conséquences en sont toujours amusantes. »

Elle affecta un air choqué, bouche bée, auquel il ne répondit que par son éternel clin d’œil malicieux. Cet homme-là, alors !

S’il n’existait pas, il aurait fallu l’inventer.

Nyssa roula des yeux et le gratifia d’une tape sur le bras.

« Hé ! On ne rit pas avec ce genre de choses. Le moindre murmure de la Pythie peut provoquer des malentendus, des guerres même !

— C’est bien pour cette raison que c’est très drôle à faire.

— Incorrigible ! Tu es incorrigible. »

Il porta la main à son menton qu’il caressa avec douceur, avant de lui voler un prompt baiser.

« Irrésistible aussi, se vanta-t-il éhontément.

— Ne tente pas trop ta compagne Tyché, beau Narcisse. Je pourrai bien décider de me détourner de tes charmes.

— Pauvre de moi ! »

Ils rirent de concert.

Hermès déposa ensuite entre les doigts de la jeune femme un fourreau de bois délicatement enveloppé dans un tissu du même tenant que la chlamyde. Le même motif de canidé jetait des regards luisant de malice à la ronde. Nyssa admira la poignée de cuir, puis tira sur la lame pour la dégager de son support : il s’agissait d’une dague effilée d’environ huit pouces. L’hétaïre en apprécia le double tranchant, quoiqu’elle gratifiât son amant d’un regard surpris.

« Quelle dague magnifique, Hermès. Mais dois-je craindre pour ma vie que tu me fasses don d’un tel présent ?

— Nous ne sommes jamais trop prudents. Mieux vaut parer toute éventualité. »

S’inquiétait-il de sa sécurité malgré la présence de Mélion et de ses hommes ? Elle lui sourit pour, espérait-elle, apaiser ses craintes.

« C’est un beau cadeau, Hermès. Je le chérirai chaque jour qui passe et je prendrai grand soin de la chlamyde. »

Il l’embrassa sur le coin des lèvres, en se perdant ensuite sur le bout de son nez, ce qui la fit sourire.

« Et si nous les essayions ce soir ? proposa-t-il tout de go. Que cette nuit se rende à nous et nous appartienne.

— Tu es fou, mon ami.

— Fou de toi, mon adorée, c’est indéniable. Quel sortilège m’as-tu donc jeté, belle hétaïre, pour troubler ainsi mes jours et mes nuits ?

— Je crains qu’il s’agisse là du même sort funeste dont je fus victime lorsque je me plongeai bien malgré moi dans ces yeux d’orage tumultueux. Je n’ai jamais réussi à me sortir vivante de la tempête. Je ne suis pas sûre d’avoir très envie de me débattre pour sauver ma peau, cela dit. »

Elle s’enhardit à lui caresser les joues, le menton et ses quelques poils de barbe naissants, les muscles saillants de son cou et de ses épaules, pour terminer par le torse fermement sculpté. Elle remonta sur les avant-bras et les poignets. Leurs doigts s’entrelacèrent. Ils en avaient presque oublié leur repas.

Hermès suivit son regard, puis lui fourra une énorme olive ronde et tendre entre les lèvres. Message reçu : autant ne pas gaspiller nourriture si gracieusement offerte. Nyssa l’imita, forçant le passage d’une tranche de fromage dans la bouche de son amant. Le repas se termina ainsi aussi joyeusement qu’il avait commencé pour laisser place à une journée de plénitude. Amant roublard, Hermès savait aussi se montrer tendre et apprécier quelques moments de calme volés à la sauvette. Ils se prélassèrent sur les coussins de la salle de séjour en bavardant de choses et d’autres, comme un couple ordinaire.

Le soir venu, la jeune femme avait revêtu ses atours de cambrioleuse. Pour un peu, elle aurait eu l’impression que Chronos lui avait joué un tour et transportée dans le passé, si ce n’avait été la présence d’Hermès à ses côtés. Le ciel pailleté d’étoiles sans nuages était de bonne augure pour la voleuse reconvertie qui ne se lassait pas de l’admirer. Arborant fièrement ses deux cadeaux, l’un enroulé autour du cou, l’autre solidement attaché à sa ceinture de cordelettes, Nyssa se perdit dans l’immensité du grand Ouranos.

Son compagnon pressa son épaule pour attirer son attention.

« Ne te laisse pas distraire. Tu vas avoir besoin de ton attention pleine et entière. »

Elle hocha la tête et emboîta le pas d’Hermès qui s’aventurait dans un quartier huppé, en périphérie de la ville. Le dieu des voleurs s’arrêta aux abords d’une grande bâtisse ou plutôt de son annexe de laquelle émanaient de nombreux soufflements et hennissements. Des chevaux.

Dans un doux murmure, elle demanda à son compagnon en pénétrant à sa suite dans l’écurie : 

« Qu’as-tu l’intention de dérober au juste ?

— Quelque chose qui court sur ses quatre jambes, douce amie, répondit-il évasivement.

— À vos ordres, dame Pythie. »

Elle entendit son rire étouffé et saccadé alors qu’il se glissait à l’intérieur de l’écurie, ombre parmi les ombres. La jeune femme le suivit à pas feutrés et prudents, le cœur affolé à la vue d’un mouvement brusque dans l’une des stalles de bois. De grands yeux marron sur un port de tête altier aux naseaux dilatés lui firent face dans la pénombre. L’animal était au moins aussi effrayé qu’elle. Nyssa lui effleura le bout du nez, en espérant par là lui signifier qu’elle venait en amie et non en menace, avant de se faire réprimander par son compagnon : 

« Tu lambines, renarde, et nous n’avons guère toute la nuit pour arriver à nos fins. Cesse donc de copiner avec les chevaux.

— Tu en tiens de belle pour un ancien échassier, seigneur aux pieds ailés. »

Elle battit des cils en toute innocence, tout en sachant que son geste était des plus futiles dans cette obscurité. Elle suivit les pas de son compagnon jusqu’à la dernière stalle.

« Pourquoi ne pas choisir un cheval situé à la sortie de l’écurie ? Une monture en vaut bien une autre, non ?

— Absolument pas ! Il n’y a pas de plus fier coursier que ce brave Thémis à la ronde. »

Nyssa fronça un sourcil circonspect, peu sûr de comprendre l’attrait des hommes pour ces bêtes.

« Je ne vois vraiment pas ce que ton Thémis a de si spécial. »

L’étalon passa la tête par l’ouverture de sa stalle. La robe aussi sombre que ses congénères dans cette nuit noire, il portait néanmoins des yeux doux, signe d’un bon tempérament. Hermès lui caressa le chanfrein d’un air rêveur.

« Vois-tu, Thémis est un étalon de prix. Ses parents sont de haut lignage dans le domaine des courses hippiques et il est promis à un avenir éclatant à suivre leurs traces.

— Mais ? » laissa-t-elle traîner à dessein, un rictus amusé aux lèvres.

Si ce cheval était réellement promis à un brillant avenir de coursier, il y avait cependant une raison pour laquelle Hermès avait insisté pour traîner son amante jusqu’ici.

Il demanda le plus innocemment du monde :

« Mais ?

— Tu me dis que ce cheval est promis à un brillant avenir, je constate qu’il appartient à un riche notable qui sera à même de faire fructifier son talent, et pourtant nous sommes là. C’est qu’il doit forcément y avoir un « mais ». »

Son compagnon entoura ses épaules de son bras tout en admirant l’animal, puis consentit enfin à répondre d’une voix rieuse :

« Mais son propriétaire ne se rend pas compte de tout son potentiel et le garde comme étalon d’apparat, comme trophée. Il gâche ses aptitudes pour son propre plaisir et ce bel étalon dépérit à petit feu dans sa stalle. Je compte bien le rendre à un propriétaire plus à même de combler ses plus chers désirs.

— Et si son propriétaire actuel se rend compte de sa disparition ?

— Renarde, as-tu vu la taille de cette écurie ? »

En effet, elle était grande, spacieuse, peuplée d’une bonne vingtaine de montures dans la vigueur de la jeunesse.

« Crois-tu qu’il s’en rendra seulement compte si l’une de ses bêtes manque à l’appel ? Il la remplacera sans mal. Quelle peine y a-t-il à forcer le destin des Moires ? »

Un doux frisson courut dans l’échine de la jeune femme ; ces interrogations n’auguraient rien de bon, surtout au regard de la lueur malicieuse dans les yeux de son compagnon. Ce dernier s’attelait déjà à ouvrir la stalle et à accrocher un licou au cou de l’animal qui suivit docilement. Il passa la corde de l’autre côté, attacha sa bride de fortune et grimpa sur le dos du coursier, tendant la main à sa compagne.

« Voyons ensemble ce que cette bête a dans le ventre.

— Tu es complètement fou. »

Mais Nyssa était tout aussi folle, si ce n’est davantage encore : elle saisit sa main dans un sourire complice et grimpa aussitôt en croupe. D’un coup de talon bien placé, l’étalon se cabra, hennit et se précipita hors des murs de l’écurie, comme frappé par les Bienveillantes [5] elles-mêmes. Thémis ne galopait pas sur les pavés de la cité ; il volait, le pied léger sur la pierre, le vent dans son sillage et sa crinière. C’était une sensation indescriptible, encore plus grisante que l’ivresse. La jeune femme poussa un cri de plaisir incoercible doublé d’un nouveau rire.

Évidemment, les gardes en patrouille autour de la maison remarquèrent aussitôt le grabuge causé par tout ce remue-ménage et les poursuivirent avec force cris. Leur monture les distança sans mal, au son clair des sabots sur la pierre et dans le dédale des rues d’Athènes. Néanmoins, les événements s’accélérèrent : une milice citoyenne avait pris le relais et les talonnait sur deux ruelles adjacentes. Les chevaux, lancés dans une course effrénée, se rejoignirent, la bave aux lèvres. Thémis donna de la ruade en hennissant de fureur. Il prit l’ascendant, vif tel le foudre [6] de Zeus.

À l’approche des gardes, Nyssa s’était recouvert la tête et le visage de sa chlamyde, de peur d’être reconnue et affichée en place publique. Hermès jubilait et encourageait l’étalon à dépasser ses limites.

D’autres gardes leur barrèrent la route, juchés sur leurs propres coursiers.

« Rendez-vous, c’est un ordre ! »

Nyssa se figea, les bras enroulés autour de la taille de son compagnon. Ce dernier tourna bride pour employer une ruelle dérobée et fort étroite. L’étalon s’y engouffra à corps perdu dans une nouvelle cavalcade. En quelques détours, ils avaient semé leurs poursuivants et ralentirent l’allure du cheval pour un trot compassé.

« Hé bien ! Que de péripéties ! »

Hermès partit d’un rire ; Nyssa le serra plus étroitement contre elle.

« Tout va bien, renarde ?

— J’ai été séduite par un fou… »

Il lui adressa un regard amusé par-dessus son épaule.

« Un fou, certes, mais un fou qui sait ce qu’il fait.

— Je l’espère…

— Allons ! Je refuse de croire que cette course-poursuite ne t’a pas amusée au moins un peu. As-tu senti ce délicieux frisson au plus profond de tes entrailles ? »

Oui, elle l’avait senti, en effet. Il avait éclos dans son ventre pour s’étendre à tout son organisme. Une profonde euphorie l’avait saisie du bout de l’orteil à la pointe des cheveux. La jeune femme avait eu le sentiment de s’épanouir dans ce bref instant de félicité ; la fleur de sa vie avait enfin offert ses pétales anciennement clos à la morsure du soleil et à la bise printanière. Vivante comme elle ne l’avait jamais été.

Elle répondit prudemment, presque timidement :

« Je mentirai si je disais que non.

— Je ne serai donc pas le seul et unique fou sur cette terre désolée ? »

Elle le gratifia d’une bourrade à l’épaule ; il pouffa sans se départir de son amusement.

« Allez. Allons offrir sa monture à son nouveau propriétaire. Il doit trépigner d’impatience à cette heure-ci. »

Hermès guida sa monture jusqu’aux abords de l’hippodrome situé à l’est de la cité, où les attendait un homme mûr à l’air soucieux.

« Bonsoir, Hippomène ! Tu me vois navré du retard, nous avons été retenus en chemin. »

Le dénommé se retourna en sursautant, puis parut soulagé de les voir.

« Ah ! Héron ! Je ne t’attendais plus et je m’étais laissé dire que tu t’étais fait prendre. Je suis ravi de voir que mes craintes m’ont abusé. »

Il jeta un regard curieux à la jeune femme. Nyssa se laissa glisser à terre, suivie de peu par son compagnon déguisé qui la présenta à son compère :

« Ma complice et amie m’a aidé dans cette tâche. Tu peux avoir confiance en elle. »

Il lui tendit ensuite les rênes de sa nouvelle monture.

« Thémis est à toi à présent, prends-en soin.

— Ses flancs sont couverts de sueur, tout s’est bien passé ? »

Le nouveau maître de l’étalon lui flatta les naseaux comme s’il s’était agi de son propre enfant.

Hermès opina de la tête, puis répondit avec satisfaction :

« Thémis court comme le vent, il n’a rien à envier à Hermès en terme de célérité. Il nous a offert une course splendide. Bien entraîné, il fera des merveilles à l’hippodrome.

— Je m’y emploierai. Je n’oublierai pas ma dette, Héron. Viens donc la réclamer quand bon te chantera. »

Les deux amants prirent congé de Thémis et de son nouveau propriétaire pour prendre le chemin du retour. L’excitation était retombée et leur lit douillet les rappelait à eux avec force.

« J’espère que les gardes ont abandonné la poursuite, songea Nyssa à haute voix dans un bâillement.

— Ce serait mal connaître la milice, s’amusa son compagnon. Ils sont tenaces et durs d’oreille. Ils doivent… »

Hermès se figea un instant, comme à l’écoute de quelque chose que lui seul pouvait percevoir, avant d’ajouter :

« Non… Ils sont occupés à quadriller le centre névralgique de la cité et le quartier riche à l’ouest. Ils ont fermé une grande partie des avenues déjà et…

— Tu es effrayant quand tu fais ça, l’interrompit sa compagne en haussant le sourcil.

— Comme si tu n’appréciais pas le fait d’avoir un coup d’avance en ma compagnie ? »

Elle se pressa contre lui ; il entoura sa taille d’un bras protecteur et aimant.

« Bien sûr que si. Que suggères-tu, ô Hermès à la houlette d’or ? »

Les yeux du dieu des voleurs se portèrent sur les toits, puis sur la taille gracile de sa compagne.

« J’aurais bien suggéré quelques sauts de haute volée par-delà les toits, mais c’est un prodige que je ne me sens pas de t’imposer, douce amie.

— Même en me tenant dans tes bras ? Tu m’en vois vexée, répliqua-t-elle en ponctuant sa dernière phrase d’une moue boudeuse de surface.

— Rusée renarde, tu sais pertinemment que tu me fais perdre la tête lorsque je te tiens entre mes bras. Cela causerait notre perte alors que je nous souhaite une longue nuit. »

Sa voix se réduisit à un murmure à l’avant-dernier mot, puis se traîna à un lent ronronnement annonciateur de mille pensées sensuelles. Quelques rougeurs montèrent aux joues de la jeune femme alors qu’elle envisageait non sans mal toutes les sauces auxquelles son compagnon souhaiterait la manger une fois rentrés chez eux.

La voleuse brisa le charme en le gratifiant d’une tape sur l’avant-bras, dans le plus total embarras.

« Pourrais-tu envisager d’être sérieux quelques instants ?

— Oh mais je suis très sérieux, amie canine. »

Elle n’en doutait pas un seul instant.

Nyssa se composa une attitude détachée qu’elle était loin de ressentir, puis leva bien haut les yeux au ciel. Elle le gourmanda :

« Hermès… »

Réprimander ainsi un dieu aurait placé n’importe qui d’autre sur l’autel de l’hybris, de la démesure déraisonnable et impie, voué aux gémonies, aux malédictions et au courroux de l’entité divine. Pas la jeune femme : elle entretenait une relation trop étroite, trop intime avec son compagnon de jeu pour que son rabrouement soit perçu d’autre manière que par le jeu. Un jeu auquel se prêtait fort bien l’impétueux Hermès.

« Très bien, se rendit-il sans se faire prier, j’arrête là mes avances, belle Nyssa à la parure de renarde.

— Tu continues d’enfoncer une porte déjà ouverte. »

Il gloussa.

« C’est vrai qu’il y a une question plus urgente : comment vas-tu donc te sortir de ce guêpier ? Voilà qu’ils commencent à boucler tous les autres quartiers.

— Pourquoi moi seule ? Et toi donc ?

— Moi, je ne crains pas grand-chose. Je te conseille vivement de dénouer ta chlamyde, tu vas en avoir besoin.

— Et voici venu le retour de la Pythie », se moqua Nyssa à dessein.

Il lui donna un coup d’épaule entendu. Ils aperçurent une ligne de gardes à l’horizon et bifurquèrent aussitôt sur une ruelle adjacente. Ils avaient un long chemin à parcourir jusqu’au quartier du Pirée au sud-ouest. Ils se frottèrent à un barrage, modifièrent à nouveau leur route, se faufilant tant bien que mal dans les mailles du filet.

Ce dernier se resserra tout autour d’eux ; tous les chemins devenus impraticables, Hermès glissa à l’oreille de sa renarde :

« Je vais provoquer une diversion. Profites-en pour courir sans te retourner. Si tu te trouves dans le besoin, utilise donc ta chlamyde.

— Mais… et toi ? »

Elle se refusait à l’abandonner, tout divin fût-il. Le dieu des voleurs lui adressa ce clin d’œil malicieux dont il avait le secret.

« Ne t’en fais pas pour moi. Je possède déjà la capacité que je t’ai confiée. Nul ne me verra si là n’est pas mon souhait. Va, va en paix, ma renarde, je te retrouverai plus tard. »

La main d’Hermès remonta jusqu’au bas de son dos pour la pousser en avant tandis qu’il provoquait une nuée de gardes et prenait ses jambes à son cou. S’empêchant de réfléchir à toutes les catastrophes possibles, Nyssa bondit à travers la brèche. Un milicien se figea en pleine course pour la héler ; Il avança le bras pour l’attraper, mais la manqua de peu. La peur au ventre, elle détala de plus belle dans le dédale des rues.

À nouveau bloquée par un barrage au carrefour suivant, elle s’arrêta net. Les gardes tournèrent aussitôt la tête vers elle, silhouette encapuchonnée délivrée des profondeurs du ventre de Nyx. Hébétés, ils s’observèrent quelques précieuses secondes. Son premier poursuivant la rattrapa.

« Halte-là ! Au nom de la loi ! »

La jeune femme fit demi-tour, le bouscula et courut à pas vifs en sens inverse, ses sandales claquant sur les pavés de la route.

D’autres gardes là-bas plus loin.

Elle emprunta une ruelle à son côté, se rendit compte trop tard qu’il s’agissait d’un cul-de-sac.

« Il est là ! Arrêtez-le !

— Plus un geste ! »

Avec des gestes fébriles, Nyssa découvrit sa chlamyde et s’en recouvrit tout en se rencognant dans un recoin. Elle s’accroupit sous le vêtement en s’efforçant de se faire la plus petite possible. Cette nuit, elle n’était plus une renarde, mais une souris apeurée.

Les miliciens s’arrêtèrent à sa hauteur. Ils examinèrent le mur qui fermaient la ruelle avec attention, suspectant un passage invisible, puis se regardèrent, interloqués.

« J’ai pourtant vu ce vagabond entrer dans cette ruelle. Je n’ai pas rêvé ! s’écria l’un, interdit.

— Tu n’es pas fou. Il doit être dans les parages », répondit l’un de ses compères en continuant de farfouiller.

Il se baissa sur ces entrefaites pour continuer à chercher le cambrioleur supposé, à tâtons. Nyssa rejeta vivement ses pieds en arrière ; le garde n’était qu’à quelques pouces de ses chevilles. La main calleuse fureta encore un peu sur la droite jusqu’à frôler le bord de la chlamyde qui enveloppait la jeune femme. Cette dernière retint son souffle. D’une prière muette, elle demanda aux dieux de lui accorder la vie sauve.

Des miaulements et crachotements terrifiés firent sursauter le milicien. Il se redressa d’un bond et se retourna de concert avec ses compagnons. Le plus éloigné héla ses compagnons, la joie gagnant ses traits, et ils détalèrent à la suite de ce qu’ils pensèrent être leur cible.

Peu après leur départ, une haute silhouette s’engouffra dans la ruelle, à la recherche de quelque chose. Nyssa posa la main sur son cœur comme pour l’obliger à battre moins vite. L’inconnu s’arrêta à son niveau, balaya les lieux du regard, puis posa les yeux droit sur elle, sans une once d’hésitation.

« Ne t’avais-je pas dit que cette chlamyde possédait un pouvoir en cas de nécessité ? souffla sa voix empreinte d’amusement. Qu’en dis-tu ? »

Un soupir de soulagement s’échappa des lèvres de la jeune femme et l’affolement cessa d’obscurcir sa vision ; les traits d’Hermès se profilèrent dans l’obscurité, sans nul doute possible. Il lui ôta le vêtement, le plia avec précaution, puis tendit la main à sa complice pour l’aider à se relever.

« Je n’ai pourtant remarqué aucun pouvoir en la drapant autour de moi, confia-t-elle avec étonnement.

— Et pourtant… comment expliques-tu que ces gardes aient manqué chose si évidente pour le regard ?

— Très bien. J’admets que ton présent m’aura tirée d’un bien mauvais pas cette nuit. Comment va-t-on regagner ma demeure ?

— Oh ! le plus simplement du monde. Ensemble, envers et contre toute adversité. »

Elle lui jeta un coup d’œil curieux. Hermès la drapa à nouveau dans le vêtement, puis lui prit le bras. Ils évoluèrent au milieu des patrouilleurs paniqués, ballottés d’une rue à une autre par des hallucinations tirées de leur propre esprit. La voleuse remarqua qu’en fait d’invisibilité, dès que le regard des gardes se posait sur la divinité, celui-ci se détournait aussitôt pour se porter ailleurs.

« Je ne comprends pas, confia Nyssa à son compagnon. Ne te voient-ils pas ?

— Plus maintenant. Tu es la seule et unique à laquelle je souhaite apparaître pour l’heure. Il en est de même pour toi avec cette cape. Regardons-les donc courir en tous sens comme des lièvres affolés et profitons du spectacle.

— Nous aurions pu nous épargner bien des peines si tu avais consenti à cette invisibilité dès le début, lui reprocha-t-elle sur un ton aigre.

— Certes, mais c’eût été moins drôle. »

Elle leva les yeux au ciel d’exaspération. Celui-là, alors !

Pour la peine, elle lui donna une tape agacée sur l’avant-bras, ce qui eut le don de le faire rire.

Passé le seuil de sa maison, Nyssa ôta sa cape qu’elle replia sous son bras à l’arrivée de Mélion et des autres.

« Tout s’est bien passé ? Certains de mes hommes m’ont informé qu’il y aurait eu de l’agitation à l’extérieur. »

Il jeta un regard entendu à son ancien maître et son éternel rictus amusé. Ce dernier lui répondit avec engouement :

« Les gardes se sont fâchés que nous empruntions un coursier pour une promenade nocturne en amoureux. »

Mélion haussa vivement le sourcil, mais se garda de tout commentaire. Le sourire d’Hermès commençait déjà à lui dévorer les joues, à son tour. Nyssa s’inclina brièvement devant les hommes.

« Si ça ne vous dérange pas, messieurs, je m’en vais ranger mon étoffe dans mon coffre. Mélion, si je peux me permettre une recommandation ?

— Ordonne et j’obéirai, maîtresse.

— J’aurais besoin que tes hommes et toi surveilliez les alentours de la maison cette nuit. Je ne me sentirai pas tranquille à l’idée que les gardes puissent me déranger dans ma propre demeure.

— Je vais poster des hommes pour veiller aux allées et venues. Mais si vous n’avez pas été reconnus, vous n’avez rien à craindre. Il faudra juste attendre que les choses se tassent. »

Mélion haussa les épaules avec négligence, puis se retourna pour donner des directives à ses hommes. Ils se dispersèrent ensuite dans la nuit pour veiller au grain.

Nyssa s’éclipsa dans sa chambre pour y ranger sa chlamyde avec un soin tout particulier. Sans surprise, les bras d’Hermès enserrèrent sa taille et sa bouche la couvrit d’un baiser dans le creux du cou. Son souffle était chaud, brûlant même, contre sa nuque et lui faisait tourner la tête.

« Je viens réclamer ma récompense. Après tout, ne t’ai-je point sauvée de ces limiers lancés à ta poursuite, dame renarde ? »

La jeune femme pouffa de rire : c’était bien de lui de tout mettre à son seul bénéfice. Elle posa les mains sur les siennes avec la même chaleur, tout en se composant une attitude contrariée.

« Dois-je te rappeler, ô Hermès, que tous ces ennuis sont issus de ton seul et unique caprice ? »

Des tremblements de désir la saisissaient déjà ; elle ne serait pas capable de lui dire non s’il décidait de se montrer plus entreprenant. Il le savait aussi bien qu’elle : il titilla sa gorge de la pointe de sa langue, à dessein. Nyssa repoussa ses mains, le repoussa tout entier.

« Hors de question ! »

Sa mine décontenancée valait le détour. Nyssa faillit en rire, mais se mordit la lèvre pour s’en empêcher. Je ne dois rien laisser paraître de mon trouble. Je dois faire le vide dans mon esprit.

Aussitôt née, cette pensée bondit jusqu’à la divinité qui recouvra un semblant d’apaisement.

Skỗr [7] ! Arrête donc de penser !

L’amusement retourna peindre les traits du dieu des voleurs.

Puisqu’elle se trouvait découverte, de toute façon…

La jeune femme contourna son compagnon, puis le repoussa encore un bon coup jusqu’au lit. Hermès s’y laissa tomber de bonne grâce dans une position lascive sans équivoque aucune. Nyssa défit sa coiffure, puis la fibule qui retenait son chiton et s’avança à califourchon sur les hanches de son amant. Elle posa un index impérieux sur ses lèvres.

« Cette nuit, c’est moi qui te dévorerai, bel emplumé. Je t’interdis de me toucher ou de remuer le moindre orteil tant que je ne l’aurai pas ordonné. Tu es en mon pouvoir. Tu es à moi et rien qu’à moi. Je suis la seule personne qui compte pour toi ce soir. »

Il haussa un sourcil, l’air interdit. Pendant un bref instant, la fougueuse songea être allée trop loin. Puis, le visage d’Hermès se fendit à nouveau de ce sourire qui n’appartenait qu’à lui. Ses reins se tortillèrent sous elle tandis qu’il lançait, moqueur :

« Je crois que je vais adorer cette manifestation d’hybris. »

Une bouffée de soulagement la saisit tout entière.

La jeune femme ôta sandales et pétase [8] à son compagnon avec un soin tout étudié, basculant buste en avant ou roulant savamment des hanches plus que nécessaire. Elle se pencha ensuite sur lui jusqu’à lui frôler la peau du bout des lèvres et des tétons pour achever de le dévêtir de son chiton. La précieuse dague qu’elle devinait entre ses cuisses se leva fièrement, comme pour la taquiner, alors qu’un tremblement saisissait la victime de ses attentions. Hermès leva les deux mains vers elle, comme pour lui prendre le visage, mais la renarde se redressa derechef pour lui frapper les cuisses.

« Enfant capricieux et distrait ! Que vins-je de te dire à l’instant ? On ne brave pas l’interdit tant qu’on n’y a pas été autorisé. Tu n’écoutes rien ! Vais-je devoir te discipliner ? »

Il laissa retomber ses mains avec grande frustration et tortilla encore du bassin sous ses hanches, comme pour la punir de son dard qui perçait douloureusement entre ses cuisses. À malin, malin et demi !

« Oui, maman, la taquina-t-il du ton piteux du fils réprimandé par sa mère. Je serai sage, c’est promis. »

Nyssa le toisa de sa hauteur toute relative, puis se prit à jouer avec ses deux collines de volupté. Cette nuit, elle s’accorderait à son propre plaisir avant celui de son compagnon qu’elle torturerait sans ménagement avant de le chevaucher. Elle le frôla encore à plusieurs reprises, s’amusant à jouer avec ses nerfs et avec ses désirs, faisant monter la pression peu à peu, aussi bien dans ses muscles de plus en plus tendus que dans cette dague métamorphosée en poignard ardent.

Sourire aux lèvres, elle le couvrit de baisers, des pieds à la tête, soulagea quelque peu le fourreau à l’aide de sa langue, puis le chevaucha enfin. Hermès tendit à nouveau la main vers elle, soudain soucieux. Il n’avait pas manqué de remarquer qu’elle l’introduisait non par l’œil de bronze comme à leur habitude, mais au contraire l’amenait à explorer son mont de Vénus.

« Es-tu certaine et bien certaine que c’est là ce que tu désires ? lui demanda-t-il à brûle-pourpoint entre deux halètements animaux.

— Oui, je le veux, répondit-elle dans un sourire en retournant l’embrasser. Je te veux toi tout entier et je m’offre moi, toute entière, à ton bon plaisir, bel échassier à la houlette d’or et aux sandales ailées. »

Le baiser couvrit leurs craintes tandis qu’elle se soulevait et s’abaissait au rythme d’une mélodie dont ils connaissaient tous deux les notes et l’accord parfait devant les mener à l’apothéose. Cette nuit, elle parcourrait l’immensité étoilée dans les pas de son amant céleste. À son côté et non plus dans son sillage.

Cette nuit… cette seule et unique nuit…

Notes de bas de page

[1] Dans la mythologie grecque, Tyché (en grec ancien Τύχη / Túkhē, « Fortune, Hasard ») est la divinité de la Fortune, de la Prospérité et de la Destinée d’une cité ou d’un État. Ici en particulier, elle représente surtout la chance.

[2] Un olisbos (en grec ancien ὄλισβος / ólisbos « phallus en cuir ») est un sextoy antique (oui oui, vous avez bien lu). La coutume voulait que lorsque le mari s’absentait loin de sa femme (pour une période courte ou non), il offre un olisbos à sa femme afin d’en garantir sa fidélité jusqu’à son retour, soit qu’elle ne soit pas tentée de se trouver un amant pour la « satisfaire » en attendant le retour de son cher époux.

[3] Le premier repas de la journée, dit akratismos (en grec ancien ἀκρατισμός / akratismós « Pain trempé dans du vin non-mélangé »), soit le petit-déjeuner, était pris au lever du soleil. Comme son nom l’indique, il était d’usage de manger du pain trempé (pour le ramollir) dans du vin pur (en grec ancien ἄκρατος / ákratos). Pourquoi préciser « non mélangé » ? Les Grecs avaient coutume de le couper avec de l’eau 😉

[4] La chlamyde (en grec ancien χλαμύς / khlamús ; génitif singulier : χλαμύδος / khlamúdos) est un manteau militaire porté par les hommes dans la Grèce antique et plus précisément en Thessalie. Le manteau est souvent représenté sur les statues d’Hermès, entre autres. Je me permets un écart car Nyssa en porte également, alors qu’elle n’est qu’une femme, mais comme il s’agit du seul manteau du genre et qu’elle a la bougeotte… ~.^

[5] Dans la mythologie grecque, les Euménides (en grec ancien Εὐμενίδες / Eumenídes, « les Bienveillantes ») sont un autre surnom des Érinyes ou Érinnyes (en grec ancien Ἐρινύες / Erinúes), divinités infernales et persécutrices des Enfers. Elles sont craintes des Hommes qui les appellent par ce surnom pour éviter de s’attirer leurs foudres.

[6] Il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe (autant le préciser :D). En Grèce antique, le mot « foudre » rapporté à Zeus était un nom masculin et non féminin, car il faisait partie de ses attributs et qu’un dieu masculin fort de sa virilité ne pouvait se prévaloir de symboles féminins. Le foudre ici donc. Société grecque masculiniste, tout ça, tout ça, on connaît la chanson ~.^

[7] Skỗr (en grec ancien σκῶρ / skỗr « excrément ») est un équivalent de notre interjection « merde ! » ~.^

[8] Le pétase (en grec ancien πέτασος / pétasos) est un chapeau rond de feutre ou de paille, à bord large, souple et plat dont se coiffaient principalement les voyageurs grecs. Il fait partie des attributs d’Hermès et est donc souvent représenté sur ses effigies (statues et autres représentations graphiques).

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Bilan d’écriture de février 2021

Bonjour à tous !

Le mois de février était un peu rude sous la dent, entre le travail trépidant et les soirées très occupées (entre les repas et s’occuper du chien), j’ai de moins en moins de temps à consacrer à moi et j’ai une soupape qui ne demande qu’à lâcher. Du coup, niveau écriture, j’ai fait de mon mieux on va dire entre les phases de décompression et d’inspiration.

Bilan du mois de février

Au programme durant ce mois de février, en chiffres :

  • Je comptabilise 5.050 mots dans l’écriture de Luciole ;
  • Je comptabilise 544 mots dans la relecture d’Iluakatlipoa ;
  • Je comptabilise 2.968 mots dans l’écriture du Diablotin du Majordome (fanfiction).

Ce qui nous fait donc un total global de 8.562 mots sur le mois de février.

Pourquoi est-ce que j’ai toujours autant l’impression de ne rien faire à chaque fois alors qu’en fait c’est le contraire ? *rires*

Après, je vous avouerai que c’est surtout la fin du mois de février qui a été plutôt productive. Pour parler plus en détails de mes différents projets en cours :

Iluakatlipoa

Ce petit projet date d’il y a quelques mois et avait pour sujet la création de la cité des anges, ou plutôt de ce qui allait devenir leur capitale. Ailé est entouré de ses sept enfants, est encore abattu par la réaction violente du Cornu (qui l’a répudié il y a encore tout récemment, surtout à l’échelle divine), mais décide de reprendre du poil de la bête en chanson.

Bref, c’était une mini-relecture incomplète qui m’a prise par la tête, mais j’y reviendrai sûrement un peu plus tard 🙂 J’ai commencé à étoffer un peu plus les descriptions, j’essaie de décorer la scène en elle-même (parce que j’ai toujours eu un mal de chien avec les décors ^^).

Le Diablotin du Majordome & petit aparté Black Butler

Bouuuuuuh ! C’est une fanfictioooooooon ! Rembourseeeeezzzzz ! C’est de la maaaaayrdee !

Je pense qu’on a lâché les chiens et que nous pouvons poursuivre plus sereinement n_n Donc oui, il s’agit d’une fanfiction ou plutôt du reboot d’une fanfiction que j’avais commencé à écrire voilà bien 3-4 ans de ça. Et pas n’importe quelle fanfiction, mais une fanfiction Black Butler (ou Kuroshitsuji en japonais).

Black Butler, de quoi ça s’agit ? Pour les néophytes, cela raconte l’histoire d’un garçon d’une dizaine d’années, Ciel Phantomhive, membre de la noblesse anglaise, qui, suite à un drama familial (tout le monde meurt, il est pris dans un trafic d’enfants, toussa), conclut un pacte avec un diable. Ce diable deviendra par la suite son majordome et se fera baptiser Sebastian Michaelis par son nouveau maître. C’est un manga à l’origine qui a également été décliné en anime, même si celui-ci diverge à bien des niveaux de la trame papier (même si certains wagons s’y raccrochent par moments).

Artwork tiré de Black Butler

Nous avons donc une histoire centrée autour de la relation particulière d’un être magique (ici un démon) tiré à quatre épingles, les cheveux noirs, les yeux rouges, avec un parler très maniéré, poli et courtois… et un enfant d’une dizaine d’années. Ceci ne vous évoque-t-il rien ? Bien sûr que si ! Cela ressemble beaucoup, BEAUCOUP à Luciole. Et vous savez quoi ? Il s’agit de quelque chose de profondément inconscient.

La ressemblance avec Luciole

Fût un temps, j’ai dévoré ce manga et cet anime (sauf la deuxième saison qui n’existe toujours pas à mes yeux) et, bien évidemment, j’étais fan de Sebastian. Ce que j’aimais chez lui ? Tout ce que j’ai énoncé plus haut : son apparence singulière et distinguée, le côté très soucieux de sa tenue, son joli minois (faut pas se le cacher %D), la voix suave du doubleur français (chapeau à lui !) de l’anime, le fait qu’il déformait la vérité à son gré (étant incapable de mentir de manière directe) et surtout, surtout entre tout, l’humour noir du personnage, so british. Qui plus est, en tant qu’homme, c’était tout à fait mon type (hé oui, j’aime ce genre d’hommes autoritaires, bien habillés et à l’humour sarcastique, que voulez-vous que je vous dise ?).

J’avais alors commencé à dérouler une fanfiction autour de l’univers (cf. ci-dessous) et puis tout était tombé dans l’oubli, j’étais passée à autre chose. Luciole est né en novembre 2019 d’un propos complètement autre et sans avoir Black Butler à l’esprit. Pourtant, Dragomir de Nox constitue très largement l’une des facettes de Sebastian, c’est indéniable. Cela ne m’a frappée que lorsque je me suis remise à regarder à nouveau l’anime Black Butler il y a environ une bonne semaine. J’ai eu l’impression de recevoir une gifle en pleine tête. Une seconde gifle m’est apparue lorsque je me suis rendue compte que Phénex du Chat Blanc (que j’aime beaucoup aussi) est également inspiré de ce personnage, de manière tout à fait inconsciente, lui aussi.

Comme quoi… chassez le naturel, il revient au galop, n’est-ce pas ? %D J’espère tout de même réussir à différencier ces trois-là et à donner une identité propre à mes deux larrons, mais c’est très drôle d’établir des parallèles aussi violents.

Merci infiniment à Yana Toboso pour la création de ce personnage. Je ne vous remercierai jamais assez.

La fanfiction proprement dite

De quoi ça s’agit ? Mon problème, c’est que j’ai du mal à reprendre des personnages déjà créés par autrui pour une raison simple : j’ai peur de faire ce qu’on appelle dans le jargon un OOC (Out of Character), c’est-à-dire qu’à un moment donné le personnage initial ne se conforme plus à la vision de l’auteur. Un exemple : un personnage grognon et antipathique devient du jour au lendemain un personnage guimauve et nymphomane qui envoie des cœurs à tout le monde sans raison aucune. Ça ne colle pas et ça rend la fiction… disons… je n’ai pas vraiment de terme pour qualifier le niveau de what the fuckisme.

Et puis, ce que je préfère aussi, c’est inventer des membres familiaux à des personnages préexistants (souvent des enfants, je ne sais pas exactement pourquoi, mais je suis obsédée par les liens de filiation et les relations parent/enfant en particulier, particulièrement père/fils).

Du coup, c’est donc tout naturellement qu’un petit diablotin est né. Au départ, il devait s’agir d’une âme damnée récemment transformée en jeune démon (d’où le terme de diablotin) et que Sebastian avait à sa charge en Enfer avant de disparaître mystérieusement sans laisser de traces. Le petit démon esseulé est donc parti à sa recherche en causant quelques morts au passage (étant jeune, il ne contrôle pas ses instincts et n’a pas encore appris à les contrôler) jusqu’à lui tomber dessus par hasard et entrer dans la maison Phantomhive en lieu et place de valet et apprenti majordome auprès de Sebastian. C’était une sorte de lien maître/disciple assez ténu dans lequel le petit démon (alors baptisé Damian) se laissait aller à considérer Sebastian comme son géniteur.

Dans ce reboot, j’ai repris plus ou moins la même trame mais en la retordant un peu pour la rendre plus réaliste. Notre Damian est toujours en jeune démon esseulé abandonné par son maître, mais son statut en Enfer a changé. Il était le secrétaire et bras droit de Sebastian (son protégé, si vous préférez, mais un protégé « utile »), mais depuis son départ, des rixes ont éclaté pour prendre sa place et notre Damian s’est enfui pour sauver sa peau et rechercher son maître adoré qu’il retrouvera aux côtés du comte Phantomhive. C’est ainsi qu’il s’intègrera au service de la maisonnée en tant qu’apprenti majordome… et seuls les lecteurs assidus du manga savent qu’il aurait bien besoin d’un peu d’aide au quotidien, notre démon *rires* quand on voit la bande de bras cassés qui traînent avec lui.

Cette fanfiction est surtout un petit récit sur le côté écrit pour et par le fun, les droits des personnages appartenant toujours à leur auteur. En même temps, elle me permettra de perfectionner les aspects de Luciole puisque… nous avons à nouveau une relation similaire (je vous l’ai dit, la filiation m’obsède *rires*).

Luciole

Parlons enfin du projet-phare de ce mois d’écriture : notre bien-aimé Luciole !

Nous entamons enfin les choses sérieuses et nous prenons un virage à 180°, nous entrons à plein pied dans le cœur du roman et le point d’orgue de la relation Dragomir/Lucian. Nous commençons enfin le dixième chapitre : Sonate au clair de lune. Et ce chapitre promet d’être long, très long, très très long. Je vais sans doute devoir le découper in fine, je verrai bien !

Dans ce chapitre, nous apprenons que Lucian a une fois de plus attenté à la vie de Dragomir et a bien failli réussir son coup, cette fois-ci. En effet, le féetaud est très salement atteint et… va démontrer enfin toute la plénitude de sa cruauté. À celles et ceux qui pensaient naïvement que Dragomir était déjà un monstre dans les premiers chapitres, je vous dis « Comme vous êtiez loin du compte %D ». En vérité, j’en ai assez de me mettre des œillères : je me lâche. Et boudiou, qu’est-ce que ça fait du bien !

Au programme, voici tout ce qui va se dérouler dans ce chapitre en bref :

  • Le meurtre arrêté d’une fée par le fer (n’est pas chasseur de fée qui veut) ;
  • Ladite fée ne sera pas très jouasse et va maltraiter le petit garçon (psychologiquement surtout) ;
  • Des fessées vont se perdre (gros craquage féérique en perspective), enfin une déjà ce serait bien ;
  • Un gros massacre de vilains pas très gentils en approche ;
  • Réconciliation de la fée et du garçon sur fond de meurtre nocturne et d’enterrement macabre

Quoi ? Comment ça « y a de l’humour noir » ? %D C’est un peu le but. J’arrête tout de suite les anti-fessées (s’il y en a) : la fessée a toujours été un truc qui me fascine (tout autant qu’elle me reste taboue), en ayant reçu quelques-unes dans mon enfance et ayant été bercée par les cartoons de l’époque qui ne se gênaient pas non plus pour en mettre en veux-tu en voilà (coucou, Tom & Jerry ;)) et… oh et puis finalement, c’était une pratique courante dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Je vous dirai donc zut, je continuerai à me faire plaisir et tant pis pour le reste.

Au passage, à l’heure où je vous écris, notre petit Luciole fête ses 102 pages Word et ses presque 59.000 mots (à 200 près, on ne va pas chipoter, surtout que je vais très certainement encore écrire dessus dans le courant de la journée ;)), soit 342.000 sec pour les puristes. Un beau petit score pour une histoire pas encore finie *rires*

Nous en sommes à une bonne grosse moitié du roman, on avance petit à petit et… c’est une bonne chose. Continuons de garder ce rythme 🙂 Nous finirons bien par en voir le bout un jour.

Sur ce, je vous souhaite une très bonne journée, un excellent week-end et je vous dis à très bientôt 😉

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Bilan d’écriture de janvier 2021

Bonjour à tous !

Je suis encore en retard, pour ne pas changer… À force, vous me connaissez (pas taper !).

Le mois de janvier a été à la fois riche en expérience, mais assez pauvre en écrit de mon ressenti. Mais j’ai pu m’essayer à d’autres choses, je vous en parle plus bas après le récap’ (sinon, je me connais, je vais pavelliser et tout noyer dans la masse XD).

Bilan du mois de janvier

Au programme, ce mois-ci en chiffres :

  • Je comptabilise 871 mots dans la relecture de Luciole ;
  • Je comptabilise 1.087 mots dans l’écriture de la nouvelle Cochon pendu ;
  • Je comptabilise 2.943 mots dans l’écriture d’une fanfiction.

Ce qui nous fait un petit total mensuel de 4.901 mots tous projets confondus. Comme d’habitude, les chiffres dépassent encore une fois mon ressenti 🙂

Et pour aller un peu plus dans le détail :

Relecture de Luciole

Bon alors non, Luciole n’est toujours pas fini mais j’avais fait une pause bien méritée et je ne savais plus trop où j’en étais, donc j’ai préféré relire ce que j’avais écrit, histoire de garder une bonne continuité dans l’histoire et me remettre à une écriture plus sereine. Parce que j’ai beau être une jardinière, j’aime bien avoir un peu d’ordre architectien dans mes trucs tout de même *rire*

J’en ai aussi profité pour remettre au net mon plan d’écriture, qui me sert surtout de plan-résumé. Sa première version n’avait plus rien à voir en terme d’avancement et/ou de chapitres et comportait des imprécisions. Donc, j’ai tout balancé par la fenêtre et j’en ai refait un tout beau, tout propre sur les cendres de l’ancien. Là, tout est propre, tout est ordonné, c’est nickel. J’en ai aussi profité pour noter les noms importants (les familiers de Dragomir entre autres, non parce que ça faisait deux fois que je changeais le nom de certaines de ses licornes, tout va bien !) et autres petites données utiles.

Je réfléchis à une inversion de scènes éventuelle car on arrive à un moment charnier du roman (le vrai début de la relation adoptive Dragomir/Lucian, mais aussi du statut maître/familier de Dragomir/Dana) et je me demande encore comment agencer les scènes pour que ça clopte bien. Tout en me demandant si j’arriverais à faire faire une apparition à Catarracht (*enroule les doigts dans sa fourrure ronronnante*), d’autres apparitions du Cornu, d’un autre personnage essentiel (Mort Noire) mais tout aussi en retrait que Cornu, éventuellement… un début d’intervention d’Yvan.

Qui ça ?

Un draekan primordial, au même titre que Byron (le papa de Raheem). Sauf que ce draekan-là a mal fait de croiser la route d’une fée… parce qu’il va réussir à la fâcher très très rouge. Méditez bien cet adage : ne jamais au grand jamais offenser une fée !

Enfin, ce climax-là n’est pas prévu pour tout de suite, mais je réfléchis à une apparition, éventuellement aux côtés d’Écho en tant que client lambda… et clin d’œil aussi quelque part. Bref, ça se réfléchit encore !

Cochon pendu

Mais kessécé donc que ça ? Non, ça n’a rien à voir avec le jeu éponyme. Cette chose, là, c’est un essai. Ou bien plutôt un gros coup de pied dans le derche que je me fais à moi-même.

Je m’explique. L’histoire de Raheem m’a toujours bloquée. Vous le savez depuis le temps, je suis une grosse guimauve. Les gros moments familiaux (les petites joies, les petites peines, les engueulades et tout le reste), c’est un peu ma came. Sauf que Raheem, lui, il va en être privé très jeune et… c’est un moment que je retarde inconsciemment depuis toujours. Pourtant, je suis arrivée à écrire sa condamnation à mort par les sept familles nobles, je suis arrivée à écrire son combat « à mort » (en fait non, mais on y reviendra) avec un père qu’il voulait tout simplement détruire. Mais là, on entre purement et simplement dans de la maltraitance d’enfant. Oui, Raheem a été violenté de ses six à ses treize ans par un salopard qui ne voyait en lui que du profit. Raheem, le petit Raheem chouineur, a dû apprendre à la dure que chouiner, ça ne servait à rien et que mieux valait montrer les griffes le premier avant de se faire griffer.

Cochon pendu, ça parle précisément de ça ou plutôt de son craquage. À treize ans, Raheem entre dans l’adolescence pleine et entière. L’âge ingrat ou l’âge bête, comme on dit, chez les n’draekan, c’est aussi l’âge de l’affirmation, l’âge où on commence à faire ses preuves. On ne veut plus se contenter d’imiter son parent du même sexe, on veut le surpasser, le surclasser sur tous les points, le mettre à terre (gros esprit compétitif, oui). Et c’est donc tout naturellement qu’on en arrive à un âge de rébellion que tout un chacun passera plus facilement ou difficilement que d’autres. Pour Raheem, on en arrive à un âge ras-le-bol : les coups de fouet sur le dos et les ailes, il en a sa claque, les humiliations répétées de ses camarades plus vieux, il en a assez, rentrer chez lui, il pense sérieusement à s’en donner les moyens. Et les moyens, il va se les donner sur un coup de tête, un accès de colère complètement fou qui va l’amener à tuer son premier adversaire, pendu comme un chien à une poutre de grange (d’où le nom de « cochon pendu », je sais, c’était de l’humour bien noir pour le coup).

En bref, ça me permettrait de passer ce « traumatisme » qui me bloque (non, IRL, je n’ai absolument pas été une enfant maltraitée, je vous rassure ;)). Bon, la nouvelle n’a pas été bien loin et je pense me concentrer d’abord sur Luciole en premier lieu, mais je referai peut-être un tour dessus à l’occasion ^.^

L’antre des fanfictions

Lorsque j’étais jeune adolescente et que je lisais beaucoup plus que maintenant, je me prenais tellement d’affection pour certains personnages que je me devais de continuer leurs histoires à l’écrit. Je pense qu’on a un peu tous connu ça à un moment ou à un autre : imaginer le nouveau récit Harry Potter (alors que la saga n’était pas encore terminée), imaginer l’après de telle ou telle série, re-imaginer la scène d’une série qu’on trouvait incomplète, etc.

Mensonge est l’une d’elles. Il s’agit d’une fanfiction du jeu en ligne Moonlight Lovers, développé par la société Beemoov. J’en parlerai plus avant dans un billet pro-gaming prochainement, mais je me suis remise à jouer aux Visual Novels dans le courant du mois de janvier et ce jeu a de frustrant que l’on n’y joue que quelques minutes par jour. Et à un moment bien précis du jeu, je venais de mentir à l’un des personnages (étant un jeu de Dating Sim, aka « Simulation de drague », le personnage en question était le personnage que je m’étais fixé de draguer ^.^) et d’apprendre juste après par deux de ses amis qu’il ne fallait absolument et SOUS AUCUN PRÉTEXTE lui mentir. Ajoutez à cela que ledit personnage est un mélange entre le style maniéré de Dragomir, le côté soupe au lait (et physique) de Lucian adulte et les piques coléreuses de Volya (diminutif de « Vladimir »… le nom dudit personnage dans le jeu XD), tout en me rappelant douloureusement un Phénex du Chat Blanc (que j’aime beaucoup <3) dans ses manières et sa façon de parler par moments, et que j’ai tendance à voir du SM dans certains sous-textes bien particuliers, mon imagination a bien entendu explosé.

Au final, le rendu est assez rigolo bien que très brouillon et ça m’a fait un bien fou. Ladite fanfiction se termine sur des accents sensuels inattendus, alors qu’elle ne devait être qu’une simple mise au point disciplinaire entre l’héroïne du jeu (que j’incarne sous le nom d’Eloïse – non, pas celle d’Elendel, une autre !) et le fameux Vladimir. Ne cherchez pas, c’est du pur fantasme, on a tous notre petit jardin secret 😉 Et non, pour les plus curieux, il n’y a aucune scène sexuelle là-dedans :p Je sais, vous êtes déçus.

En même temps, comment vouliez-vous que je résiste à un mélange de Dragomir, Lucian, Volya et Phénex aussi ?

Je l’ai écrite d’une traite (la fanfiction) en un soir, mûe par l’inspiration et ma frustration de gameuse insatisfaite, et j’en suis bien contente. Finalement, j’aurais presque préféré que le déroulement de celle-ci apparaisse dans le jeu… presque… %D

Je retourne dans mon placard !

Mes autres activités

Comme je le disais plus haut, j’ai recommencé à jouer aux Visual Novels. Kessécé donc que ça ? Les Visual Novels sont des jeux narratifs avec principalement du texte et souvent des éléments interactifs, comme des choix à faire qui vont plus ou moins influer sur le résultat final du jeu.

En ce moment, je rejoue à Amour Sucré High School Life, Eldarya et Moonlight Lovers, tous trois développés par la firme Beemoov, leader sur le marché des Visual Novels francophones/français. Bien que je trouve la narration aux fraises (problèmes de syntaxe, grammaire, fautes d’orthographes, des moments parfois trop guimauvesques même pour moi et j’en passe) et le système marketing foireux digne des jeux mobiles (qui jouent à mort sur votre frustration pour vous faire passer à la caisse), les jeux en eux-mêmes sont quand même relativement plaisants et bien travaillés au niveau des graphismes. Je regrette les stéréotypes de personnages pas franchement poussés à fond par moments et les interactions intéressantes avec eux relativement rares (on ne creuse pas assez lesdits personnages, on apprend peu d’eux finalement), mais ça ne m’empêche pas de trouver certains personnages très attachants malgré tout 🙂 Et puis, il y a régulièrement des passages mignons ou drôles quand même, ça compense un peu :p

Et puis, le système marketing foireux vous permet d’aborder ce type de jeu sous une autre philosophie : la patience. Apprendre à canaliser sa frustration pour prendre l’habitude de faire chaque jeu de manière hebdomadaire et/ou de n’avoir que cinq minutes de jeu par soir, ça se cultive et on ne la sent presque plus, la frustration à force, tellement on s’habitue 🙂

Me remettre à ces jeux-là m’aura donné envie de développer un peu plus le côté coding de ce genre de jeux pour, peut-être un jour qui sait ?, sortir mon propre Visual Novel. Je me suis notamment essayée aux codes de Python (sur le programme Ren’Py) et d’Harlowe (pour Twine et ses romans interactifs). Mon seul problème, c’est que je ne suis pas graphiste dans l’âme, ah ah.

Une autre envie qui m’est repassée par la tête est de me remettre petit à petit au dessin. Je suis donc retournée écumer les cours gratuits de Digital Painting School et… ai malheureusement grillé ma tablette graphique hier soir, zut de flûte de bique. Pas grave, j’ai pu réussir à faire ce petit bazar pas fini en 1h hier soir :

Cémaush et mal proportionné, mais c’est pas grave !

Dès que j’aurais fini de batailler avec le corps de ce petit monsieur, je pourrai lui ajouter sa petite montre à gousset fétiche. Oui, il s’agit d’Ananta. Ou plutôt de sa représentation symbolique. Ananta est basé sur le cobra d’eau (Naja annulata), un cobra aquatique qui se nourrit de poissons qu’il paralyse avec son venin. Paralysie, maîtrise du temps, tout ça… ça collait plutôt bien au monsieur.

L’idée, c’était de partir d’un truc simple à dessiner avec mes « talents » actuels. Y a plein de choses à améliorer : l’assurance du trait, les proportions, la perspective, la symétrie, etc. Work in Progress, donc.

Mes prévisions pour février

Reprendre de manière plus régulière l’écriture de Luciole. J’aurais probablement moins de temps pour écrire (entre le boulot qui reprend et les opérations du toutou qui se succèdent…), mais j’essayerai de me garder au moins une petite séance d’1h ou 2h par semaine (sûrement le samedi) pour écrire et, surtout, dès que l’envie m’en vient 🙂

À côté de ça, continuer mes bidouillages sur Twine et Ren’Py (j’ai d’ailleurs réussi il y a peu un codage assez complexe sur Twine *fière* avec le concours d’un ami). Histoire de continuer à apprendre niveau coding, même si c’est just for fun (tu m’as contaminée, Sérioja !). Essayer de réserver un peu de temps au dessin aussi, reprendre les leçons de zéro, accepter que je suis nulle et que je peux m’améliorer (c’est pareil pour tout art finalement).

Dans le même temps, j’ai très envie de faire du rétrogaming en ce moment. Je me suis remise au très méconnu (et très préféré de mwa <3) Legend of Dragoon et je me rends compte que j’analyse tout comme une matheuse (je suis devenue stratégique, pas merci, les Fire Emblem !). Je vais sûrement continuer (terminer ?) ma partie courant février et j’ai très envie de partir sur Suikoden (méconnu aussi et basé sur un conte chinois éponyme) ou Final Fantasy IX ensuite. J’ai envie de remplir mon capital émotions :’)

Recommencer à bouquiner aussi, à petite dose (j’ai actuellement fini en date du 8 février Les Thanatonautes de Bernard Werber, et j’ai enchaîné sur Absolument dé-bor-dée de Zoé Shepard, que j’avais déjà lu il y a quelques années mais qui me plie toujours autant de rire, tant c’est vrai). Je vous recommande ces deux lectures, elles sont vraiment géniales 🙂

Sur ce, je vous dis à la prochaine et portez-vous bien ! 🙂

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Bilan d’écriture du mois de décembre 2020

Bonjour à tous !

Alors déjà, une bonne année 2021 à tous, en espérant qu’elle soit plus joyeuse que 2020 (moi en tout cas, c’est ce que j’espère, car cette année a été plutôt riche en rebondissements et pas toujours très joyeux en terme d’IRL, mais soit, refermons cette longue parenthèse) !

Le mois de décembre a suivi la continuité de novembre en terme d’écriture, grosso modo. Je me suis surtout concentrée sur Mauvaise Passe, comme je le disais dans mon précédent journal, et ce, jusqu’à la fin de sa complète réécriture 🙂

Détaillons donc tout cela :

  • Je comptabilise un total de 7.241 mots d’écriture sur Mauvaise Passe
  • Je comptabilise un total de 830 mots pour ma première relecture de Mauvaise Passe
  • Je comptabilise un total de 315 mots de relecture de Luciole

Tous projets confondus, cela me revient à un total de 8.386 mots écrits sur le mois.

Comme je le disais plus haut, je me suis bien concentrée sur Mauvaise Passe afin de terminer ce second jet avec une vraie fin comme il faut, tout en développant deux personnages que j’aime beaucoup (Zoryn tout d’abord, et enfin le maniaque Volya). Le plus surprenant a été que la partie Volya a été la plus longue à écrire *Rires* Et après l’écriture, une petite relecture rapide avant de l’envoyer à mon bêta-lecteur attitré (qui m’a déjà renvoyé le document bardé de commentaires, comme toujours :D). Je n’ai pas encore trouvé le temps de tout décortiquer mais ça viendra.

Vous avez sûrement dû remarquer que Luciole s’était intercalé… et… bon, Dragomir et Lucian me hantaient fin décembre. Ils me manquaient aussi beaucoup, mais je n’avais plus toutes les cartes en main pour écrire la suite, alors j’ai décidé de relire les pages que j’avais déjà écrites, en corrigeant deux-trois trucs de-ci de-là. J’en ai également profité pour revoir mon plan de synthèse à côté en fonction du chapitrage choisi. J’en suis à un bon tiers environ, ça avance petit à petit.

Mes projets pour janvier 2021

Première bonne résolution de janvier : terminer de relire/refaire mon plan de Luciole et, bien sûr, continuer le récit. J’en profite pour dire que le projet a fêté ses un an d’existence en novembre 2020, ça me rend toute chose. Il reste encore pas mal de choses à développer dans la relation Dragomir/Lucian et il me tient à cœur de les développer 🙂

Deuxième bonne résolution : prendre le taureau par les cornes. Dragomir et Lucian ne sont pas les seuls à m’avoir hantée en cette fin décembre. Raheem aussi. Vous vous souvenez, du Moineau Tigré ? Je repousse sans cesse les scènes les plus trashs de son histoire car elles me font du mal émotionnellement (je suis une guimauve), mais je ne pourrai pas passer éternellement à côté. Je me suis alors prise à penser de plus en plus au moment où Raheem a perdu les pédales pour la première fois et… a récolté ses fameuses cicatrices dans le dos (pour celles et ceux qui auraient lu les deux premiers chapitres de son histoire postés sur ce blog).

Parlons peu, parlons bien : Raheem a été séparé de sa famille alors qu’il était âgé de six ans à peine. Une embuscade de n’edeshtâ (ou anges) à sa porte, une grande confusion, une crevasse et… adieu, Raheem. Il a été récupéré par une petite bande peu recommandable (sans doute un groupe hétéroclite de n’draekan et d’humains) qui font du trafic d’enfants pour s’enrichir. Raheem intègre donc leur groupe de petits esclaves et se fait maltraiter pendant sept ans. À treize ans, Raheem a pris du muscle, des centimètres, s’est endurci et « craque ». Il étrangle l’un de ses bourreaux avec son propre fouet et s’enfuit pour, enfin, rentrer chez lui après tant de calvaire.

C’est ce moment que je souhaitais écrire, tout en sachant que c’est un moment que je retarde très fort inconsciemment, mais que je ne pourrai pas repousser éternellement donc 🙂 Je dois avouer que la chanson I see fire d’Ed Sheeran est très inspirante pour ça (avec son début lent, murmuré et son final en crescendo percutant, presque hurlant, qui traduit tout à fait la montée de moutarde qui traverse Raheem, entre espoir déçu mais toujours vif, rage au cœur, tristesse, nostalgie, brusque accès de colère). C’est une chanson vraiment très riche, je trouve, autant en terme de paroles que de rythmique.

Je vous dis à bientôt pour le prochain bilan/article ! 😉

Portez-vous bien !

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Fin de la réécriture et de la première relecture sur Mauvaise Passe

Bonjour à tous !

ENFIN ! Finally ! C’est pas trop tôt ! La réécriture de Mauvaise Passe est terminée. Et que d’émotions et de volonté pour en arriver là ! Je vous raconte tout ça dans le détail :

Déjà, cela fait près de deux mois que j’écris dessus sans relâche sans me consacrer à un autre écrit. Pourquoi ? Parce que j’en avais besoin. J’étais en état de dépression/déprime et puis j’ai eu l’idée d’en relire quelques lignes. Le rire salvateur qui s’en est suivi m’a encouragée à continuer ce récit. Pas uniquement dans le but de le terminer, mais aussi et surtout de me faire du bien. Parce que mes loups russes, c’est un peu comme une extension de ma propre famille, quelque part. On s’y sent bien, on a envie de rester pour consommer un dernier chocolat chaud en regardant les triplés s’engueuler, Sergueï piquer une crise pour aussitôt se calmer la minute qui suit, les petits déboires d’adolescents de Dmitri, l’adorable mignonnitude d’Isha, la sensibilité de Milan, l’humour décapant de la meute… J’ai une impression de chez-moi quand je plonge dedans, c’est dingue !

Tout à fait d’accord avec ce gif !

Et ça, ça fait du bien. Je veux dire l’idée d’être chez soi, d’être aimé, profondément aimé pour ce que nous sommes, sans être jugé pour nos actes ou nos paroles. Être accepté dans son plein et entier. Oui, ça fait un bien fou.

Mauvaise Passe, à l’origine, était une petite nouvelle sans prétention de 15-20 pages et centrée autour du personnage de Dmitri, jeune louvard de quinze ans, harcelé par des camarades d’école bien humains (oui, il y a un peu de mon vécu dedans) tout en adoptant le point de vue de son oncle Zoryn au franc-parler familier vulgaire décapant. On y narrait la rapide fugue de Dmitri au volant de la voiture de son père (coup de tête adolescent), son accident et sa récupération par son oncle avec une baisse de tension de sa part en mode « Y a des hauts et des bas dans la vie, mais t’inquiète, ça va aller ! »

C’est aujourd’hui un récit de 49 pages (soit 28.553 mots ou 163.656 sec) toujours centré sur la mésaventure de Dmitri, mais aussi sur ses conséquences directes (l’inquiétude de la meute, les recherches, l’apaisement et surtout la résolution du conflit initial). J’en profite également pour essayer de montrer la grosse cohésion de la meute, cette énorme « masse informe » de personnages qui ont tous une âme. Je revisite également le mythe du loup-garou tel qu’on le connaît actuellement en Bit-lit (sigh). On y explore aussi la psyché de Volya (le père de Dmitri) en plus de Zoryn, mais aussi d’Âme d’Automne (la mère de Dmitri).

J’ai terminé la réécriture complète et une première relecture il y a quelques jours. Je viens d’envoyer le récit à un ami de confiance qui me BL souvent (et qui a déjà une centaine de notes à son actif sur ce texte aux neuf premières pages *va passer à la casserole* o/). Nous sommes quand même unanimes sur deux points : ce récit fait du bien et Isha est adorable.

Qui est Isha ? La fille cadette de Zoryn. Elle a un rôle plutôt important à jouer en ce qui concerne la sortie de dépression de Milan, mais elle est aussi une sorte de clé de la cimentation de la meute (autour d’elle). Isha est une louve handicapée de naissance : elle est muette. Or, ne pas avoir de voix pour un loup constitue un énorme problème de survie. Cependant, la petite Isha est bien entourée et protégée. Pour la remercier de son aide, Milan la dotera d’une « voix », en quelque sorte 😉

En parlant de Milan, je ne l’avais pas du tout pensé en miroir de moi-même mais force est de constater qu’à cet instant précis, il l’était devenu. Nous étions tous les deux en dépression, même si pas tout à fait pour les mêmes raisons, et nous en sommes sortis tous les deux grâce à un rayon de soleil (Isha pour lui, ce récit pour moi). Ça a été la grosse surprise à mon niveau, je dois dire. Peut-être que d’autres situations vont faire écho à d’autres gens ? Qui sait ?

Pour résumer ma petite Isha, rien de mieux qu’un extrait :

Deux petits bras entourèrent Zoryn au niveau des hanches. Il se retourna sur sa fille cadette qui frottait sa joue contre le bleu de travail avec une expression d’euphorie sur ses traits poupins. Le garagiste lui ébouriffa ses cheveux châtain noir, qu’elle portait en carré, et elle ouvrit ses grands yeux bleus sur lui. Ils riaient. On disait souvent qu’il ne manquait à Isha que la parole ; Zoryn, lui, était d’un tout autre avis : sa fille n’en avait pas besoin pour se faire comprendre. Son corps parlait de lui-même.

« Comment ça va, ma puce ? » lui demanda Zoryn en utilisant le langage des signes en même temps, par réflexe.

Isha se détacha de lui pour signer avec doigté :

« Je vais bien. Dmitri va bien aussi ? Il a fait peur à tout le monde. »

Zoryn s’accroupit à son niveau et lui sourit avec chaleur.

« Dmitri va très bien. Il s’est juste fait engueuler par tout le monde, Iselyn compris. Je pense qu’il a eu son compte. Tu l’aideras à se faire pardonner ?

Oui ! »

Un rayon de soleil à elle toute seule ! On avait tellement envie de…

Oh et puis merde !

Zoryn la prit tout entière dans ses bras, en oubliant qu’elle avait désormais huit ans, en oubliant que sa petite fille grandissait à vue d’œil, en oubliant qu’il faudrait qu’il la laisse respirer un peu. Non, c’était son petit bébé, son louveteau et elle le resterait. Point barre.

Des tremblements secouèrent le corps de la fillette. Le père poule leva les yeux pour la voir rire à sa manière : en silence. Les vibrations lui chatouillèrent les bras et il les laissa remonter jusqu’à la pointe de ses cheveux. Ils se frottèrent le nez. Il apposa son front contre celui de sa fille et savoura l’instant.

« Je t’aime, mon Isha, plus que tout au monde. »

Mauvaise Passe, Partie 1 – Zoryn, pages 14-15.

Cet extrait à lui tout seul résume l’effet que produit notre petit Isha : elle est pure, innocente, ne demande rien à personne et est une personne très positive. Très communicative aussi : elle sourit et rit beaucoup. Ce personnage fait d’ailleurs tellement de bien qu’on a tendance à oublier son handicap, si insignifiant a côté de ce qu’elle procure. Elle est trop mignonne, je veux lui faire un câlin aussi >.<

Du coup, j’attends le retour de relecture pour vous le proposer en version consultable 🙂 En l’état, je ne pense pas pouvoir le publier et ce n’en était d’ailleurs pas le but. Mais je peux tout à fait partir d’une base à la Luciole pour ce récit car, finalement, les tracas de la vie quotidienne, ça noircit bien des pages ! Mais il y a tant à raconter et si peu de place *rires*

Je vous dis à la prochaine et je vous souhaite un excellent réveillon de Noël (et de très bonnes fêtes de fin d’année si je ne réécris pas d’autre article avant ;)).

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Bilan d’écriture des mois d’octobre et novembre 2020

Bonjour à tous !

Tout d’abord, vous avez le droit de me jeter des pierres *prépare ses protections* parce que j’ai tardé à pondre mon premier bilan, puis le deuxième pour une seule et unique raison (je ne dis pas qu’elle est bonne) : la flemmïte aigüe. Et aussi, l’humiliation de ne pas avoir su tenir mes objectifs pour octobre, ce qui m’a complètement démoralisée.

Le mois d’octobre a été pour moi quelque chose de très difficile à vivre au niveau émotionnel. Je ne sais pas si c’est le Covid-19 ou autre chose, mais la Toile était en effervescence et ça a éclaté de tous les côtés. Tout d’abord, sur le forum d’écriture où je me trouvais (Cocyclics) où un gros drama d’apparence existentiel couvait depuis le mois d’été (juillet/août) sans trouver de résolution ni d’apaisement et qui a encore une fois éclaté au mois d’octobre, ensuite dans une moindre mesure sur Dofus (pour des questions d’alliance de guildes, mais on trouva très vite un terrain d’entendre heureusement), enfin sur Eternia (un autre gros drama autour de l’ambiance au sein du staff bénévole dont je fais partie en tant que correctrice). Je ne vais pas en parler en détails (ce n’est pas le sujet) mais tout cela m’a miné le moral à tel point que j’ai bloqué sur l’écriture et suis entrée en phase de déprime. J’ai mis le mois complet à m’en sortir (déjà que le moral n’est de base pas très haut à cause de mon travail), à rejeter en bloc tout ce que j’avais construit jusqu’ici et repartir de zéro sur des choses qui me plaisaient pour me déstresser et, surtout, m’apaiser.

Détaillons tout cet immense capharnaüm ensemble au niveau de l’écriture :

Bilan d’écriture du mois d’octobre 2020

Voici les objectifs que je m’étais fixés fin septembre :

Je m’étais donc fixé les objectifs suivants :

  • Écrire 5.000 mots sur Luciole ;
  • Continuer (voire terminer) la relecture du Renard invisible ;
  • Continuer la réécriture/relecture de Mauvaise Passe ;
  • Continuer l’écriture de Pour un verre de vin… ;
  • Commencer la relecture du Moineau Tigré (au niveau des chapitres 3 et 4).

Roulements de tambours, en voici les résultats :

  • Je comptabilise un total de 1.150 mots sur Luciole ;
  • Je comptabilise un total de 861 mots supplémentaires de relecture sur Le Renard invisible (dont la relecture n’est toujours pas terminée) ;
  • J’ai commencé la réécriture complète du chapitre 3 du Moineau Tigré et je comptabilise un total de 4.204 mots dessus ;
  • J’ai écrit une nouvelle suite à une pulsion d’inspiration : Iluakatlipoa (à vos souhaits). Je comptabilise un total de 1.278 mots dessus ;

En termes de mots écrits, tous projets confondus, j’en arrive à 7.493 mots écrits, ce qui n’est tout de même pas mal, pris en globalité.

Comme vous pouvez le constater, c’est un échec complet sur toute la ligne. Je n’ai plus été capable d’aligner un mot sur Luciole à partir du 5 octobre suite à l’éclatement du drama Cocyclics (plateforme reliée à mon écrit, ce qui l’a donc impacté à mon niveau émotionnel). Comme j’étais complètement bloquée dessus, j’ai décidé de passer à autre chose. Le Renard invisible a subi peu ou prou la même maladie (j’avais posté le texte dans sa V1 sur le forum). J’ai donc tout envoyé valser pour me concentrer sur quelque chose plus en phase avec mon ressenti d’alors et mon besoin de cocooning : Le Moineau Tigré. Malheureusement, le fait de réécrire un chapitre entier m’a demandé pas mal de recherches et plusieurs arrêts, donc l’écriture s’est faite en dents de scie tout le long du mois. Pour autant, celle-ci m’a permis de repenser les fondements de mon univers et de la vie en société des Nobles n’draekaï, donc cela reste tout de même positif.

La petite surprise du mois est cette nouvelle qui a été écrite entièrement sur un coup de tête, après avoir visionné le film Voyage vers la lune (qui reprend le mythe de la déesse chinoise de la lune, Chang’E, personnage que j’aime beaucoup) et surtout entendu la chanson Ultra Luminescente. Cette chanson, cette gestuelle, cette attitude hautaine, ce peps, ce nombrilisme, cette vitalité dans le ton et la voix, ce crescendo… la vision d’Ailé s’est imposée à mon esprit. Une Ailée féminine forte, quelques temps après que la dispute avec Cornu ait éclaté et qu’elle se soit retranchée dans son palais des glaces. Au moment où elle s’est consolée dans les bras d’Abel et a enfanté les sept premiers anges (ou Aztlan Tecuthli). Au moment où elle reprend sa vie et la destinée du monde en main parce que le monde devra tourner à SA manière, avec ou sans le Cornu, et qu’elle est prête à se battre pour le sauvegarder, ainsi qu’à endoctriner ses enfants pour affermir sa prise de pouvoir.

Le nom même de la cité est une déformation de plusieurs mots traduits en nahuatl (l’une des langues qui me servent de base pour l’Aztlan Gueni, la langue des anges). Je n’ai malheureusement pas pensé à noter les déformations, mais j’avais essayé de faire un jeu de mots sur le terme que j’utilisais pour désigner LA cité des anges, soit « Cité des Cieux » ou « Cité Blanche ». L’idée doit peu ou prou se retrouver dans la déformation (déformée pour l’oreille surtout). Iluakatlipoa narre surtout la naissance de la première cité céleste et future capitale des Aztlan Tecuthli.

Suite à mon revirement scriptural et mes blocages, j’ai décidé d’abandonner les objectifs mensuels, du moins pour le moment, afin de me concentrer sur ce que j’aimais vraiment faire.

Bilan d’écriture du mois de novembre 2020

Après ce mois d’octobre assez tumultueux, aussi bien émotionnellement parlant qu’en terme de projets, je me sentais lasse, fatiguée, impuissante, déprimée. Fin octobre, je m’étais essoufflée. C’est alors que j’eus envie de rire un peu, de me sortir de ma dépression et de me changer les idées. J’avais déjà relu une première fois Mauvaise Passe, ce qui m’avait amené plusieurs sourires et rires étouffés, j’ai donc décidé de le relire à nouveau, dans l’unique but de me faire du bien.

J’ai bien fait.

Voyez-vous, Mauvaise Passe est l’un de mes récits avec le plus d’humour, tout en calant des références modernes/contemporaines dedans (puisque c’est de l’Urban Fantasy). Les personnages sont hauts en couleur, avec des personnalités marquées et des comportements très atypiques. À peine avais-je parcouru les premières lignes que j’ai éclaté de rire, et ainsi de suite. Jusqu’à la fin alors écrite, que j’avais déjà adaptée et rallongée dans ma tête. J’ai donc décidé de la reprendre et de la poursuivre jusqu’au bout (quitte à devoir repasser en relecture une troisième fois).

Je n’ai toujours pas fini la réécriture de la fin de ce récit *Rires* mais j’en approche à grands pas. J’ai laissé tous mes autres projets de côté pour ne plus penser qu’à une chose, une seule : me faire du bien, moralement, émotionnellement, et écrire quelque chose que j’aimais (j’aime tous mes autres projets, attention ! Mais l’ambiance n’est clairement pas la même). Je me suis donc concentrée uniquement sur Mauvaise Passe, à mon rythme.

  • Je comptabilise sur ce projet un total de 12.052 mots écrits au cours du mois de novembre.

C’est tout simplement énorme ! Et ça continue en décembre, mais ça je vous en parlerai le mois prochain 🙂 De tranche d’humour en tranche d’humour, ma déprime a fini par partir (symbolisée par le retour à la meute de Milan au sein du récit) et j’ai souhaité rester encore un peu dans la grande famille qu’est la meute de la rivière Moskova.

Image tirée du film Wolfwalkers (Le Peuple Loup en français)

En ce qui concerne la trame narrative, Milan (le dernier de la fratrie des enfants de Sergueï et d’Elena) sort de sa déprime, épaulé et encouragé par une Isha muette, mais adorable. À côté de ça, la meute s’active pour faire payer aux harceleurs de Dmitri (le petit-fils de Sergueï et d’Elena) tout le mal causé à l’un de leurs jeunes. C’est Volya (le père de Dmitri) qui prend les choses en main… et très à cœur.

Le point final arrive doucement, mais sûrement. Mais le récit prouve, une fois encore, que je n’arrive plus à faire court ou bien je dois vraiment me mettre une bride au chanfrein pour y arriver xD Le récit de base comptait une quinzaine de pages ; la réécriture en compte… quarante-trois ! Oui oui, vous avez bien lu : quarante-trois ! Je pense arriver aux alentours des cinquante pages pour la fin du récit (peut-être un peu moins).

Quelque part, c’est une bonne nouvelle : ça veut dire que l’univers est assez complet pour avoir la chance de sortir un roman sur le sujet (précisons que ces quarante pages et quelques ne sont le reflet que d’un moment bien précis : la fugue de Dmitri, le crash de la voiture de Volya et les conséquences directes qui s’ensuivent) quand j’aurais trouvé une trame digne de ce nom ! 😀

Pour décembre, je n’ai pas prévu d’objectifs non plus. Je continue à travailler au feeling. J’ai relu un peu Le Renard invisible, je vais peut-être y rejeter un œil. Peut-être aussi trouverais-je le courage de continuer Luciole, de même, ou bien je laisserais ça pour le nouvel an. Je verrai bien !

Le plus important : se faire plaisir.

Je vous dis à bientôt pour le prochain bilan ou la prochaine note et portez-vous bien 😉

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Comment se moquer de ses personnages sans regrets

Bonjour à tous !

Ceux qui connaissent les Anecdotiers Sybarites (mon second blog en co-gestion avec mon ami L’Anecdotier à tête d’ananas :D) vont très vite savoir de quoi ce titre va parler. Pour les autres, je vous invite à lire l’article suivant : Quand le respect doit mourir.

Et pour tous ceux qui ont la flemme (je vous vois là dans le fond ;)), un rapide résumé : un personnage n’est complètement personnage que lorsqu’on a appris à s’en moquer et à le rendre aussi ridicule que nous dans notre quotidien. Vous ne me croyez pas ? IRL, je suis quelqu’un d’excessivement maladroite : je me cogne partout, mes vêtements frottent partout (et pourtant, je suis mince), il m’arrive de renverser des verres/assiettes et de les rattraper in extremis (ou pas), je me casse régulièrement la gueule dans les escaliers (je vais bieeen !), je trébuche régulièrement, je dis (et fais) parfois de grosses conneries encore plus grosses que moi de manière complètement inconsciente, qu’elles soient humoristiques ou non (coucou, Zeitan, mon frère de gamelle ! Tu n’es pas tout seul ! :D), je dépose régulièrement de la bave sur mon oreiller le matin alors que je me suis roulé et re-roulé en boule pendant la nuit (mes couvertures, c’est toujours le bordel le matin), je marche régulièrement sur la queue ou les pattes de mon chien (je vous rassure, pas suffisamment pour lui faire mal) et sans faire exprès (et il fait pareil, le bougre ! Vengeaance !). Voilà. Et je ne pense pas être la seule dans ce cas de figure, j’en suis même sûre à 300%.

Ben, comme je disais dans l’article cité plus haut, vos personnages n’en deviennent que plus réels et attachants qu’à partir du moment où vous introduisez ces petits tracas du quotidien, que vous les désacralisez (vos personnages, pas les tracas du quotidien, il faut suivre !) un peu. Et justement, si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous donner quelques exemples/extraits de mon cru *rires* *entend ses personnages hurler derrière elle*

Vous vous souvenez de mon prologue-qui-n’est-plus-un-prologue et qui narre le début de l’histoire du Moineau Tigré ? Vous vous souvenez de Raheem ? Rappelez-vous bien le personnage bourru, malembouché, hypra tatillon et aux nerfs à fleur de peau. C’est bon ? Vous l’avez ? Le voici à trois ans en qualité de narrateur (c’est l’adulte qui narre ses souvenirs) :

Je poussai un nouveau bâillement, puis chassai les couvertures du pied et de l’aile sans ménagement. Évidemment, je tombai de mon lit dans ma précipitation. Et puis vinrent les cris, geignements et sanglots en fanfare.

Chapitre 3 (Le Monde qui est à ma portée), Le Moineau Tigré, p. 22.

La suite a déjà présenté le papa de Raheem, aka Byron. Je la fais courte : c’est un draekan 2 en 1 (2 corps, 1 esprit) :

Ses queues fouettèrent l’air de mécontentement. Il me toisa de ses deux regards et je me fis encore plus petit dans les bras de ma matkaï. Ses têtes s’avancèrent vers moi, puis se frottèrent à la mienne dans un puissant ronronnement.

« Tu n’as rien ? demanda-t-il de ses voix chaudes et vibrantes.

— Il en sera peut-être quitte pour un bleu, j’en ai bien peur », plaisanta Matkal.

Il l’entourait de ses deux corps et ne se gêna pas pour lui secouer les épaules. Ballotté en tous sens, je montrai les dents et crachai. Un filet de bave me coula du menton, à mon grand étonnement. Ma piètre tentative les fit rire tous les deux.

Chapitre 3, Le Moineau Tigré, p. 24.

« À présent que vous êtes présentable, le petit-déjeuner vous attend. »

Je n’eus pas fait trois pas que je trébuchai et m’étalai par terre à quatre pattes. Comme on dit dans le jargon, je venais de me casser la gueule. Pardon, de faire une mauvaise chute.

Chapitre 3, Le Moineau Tigré, p. 25.

Le chapitre en lui-même est toujours en cours de réécriture mais, comme vous le voyez, je m’amuse beaucoup à déconstruire complètement le côté « héros baraqué sans foi ni loi » de sa version adulte *rires*

Une mention spéciale pour ce pauvre Lucian (âgé de huit ans donc) qui va tenir la main à Rah-Rah (point de vue Dragomir ici pour l’information) :

Une sensation de froid au niveau des jambes perturba le féétaud. D’humidité, aussi. Une forte odeur d’ammoniac flottait dans l’air, de plus en plus prégnante. Ses yeux s’écarquillèrent en comprenant soudain : de l’urine ! Il se jeta en un bond hors du lit, s’emmêla dans les couvertures souillées et réveilla le petit garçon au passage.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Lucian d’une voix pâteuse.

Dragomir repoussa les draps, se releva d’un bond et ne répondit rien, dans un premier temps. Puis, d’une voix blanche, il lança, catastrophé :

« Tu as souillé mon lit.

— Hein ? Quoi ? »

Lucian se redressa sur la couche, contempla le désastre à son tour, gratifia son hôte d’un regard d’horreur et s’extirpa du lit, le visage rouge de confusion.

Chapitre 6 (Le Beau Pyreta chatoyant), Luciole, p. 47.

Sans oublier notre cher féétaud au passage :

Des gloussements troublèrent son sommeil. Dragomir émergea à demi, dans un état encore trop cotonneux pour raisonner clairement, puis referma les yeux. Ses paupières fatiguées réclamaient grâce et repos, il était encore trop tôt pour se lever !

« Daodagan ? Réveille-moi ce grand paresseux, veux-tu ? » gloussa en gaélique une voix féminine qu’il reconnaîtrait entre mille.

Flûtée, aussi légère que la brise printanière, elle ne pouvait appartenir qu’à une seule personne… Aurore ? De petites pattes agiles martelèrent son dos, du bassin jusqu’aux épaules, et s’arrêtèrent à la naissance de son cou. Quelque chose d’humide et de frémis-sant se posa contre sa joue. Un chatouillis de poils tout près de son oreille. Tout à coup, un énorme cri aigu l’emplit tout entier, la satura et força le féétaud à ouvrir les yeux et à réagir à la menace. Il se leva d’un bond, en état d’alerte, rejeta les couvertures dans un mouvement de panique, s’emmêla les pieds dedans en voulant se lever et buta contre la jeune femme qui se tenait à côté du lit.

« Hé ! »

Ils chutèrent tous les deux sur le sol, dans la plus grande confusion.

Chapitre 5 (Songe d’un jour d’été), Luciole, p. 32.

D’une révérence profonde, Dragomir la salua avant de la quitter sans un regard en ar-rière, l’œil fixé sur la fumée grise qui s’élevait des frondaisons et l’inquiétait au plus haut point. Un coup porté avec force dans le dos le fit trébucher et s’étaler de tout son long dans l’herbe humide. Le féétaud tourna la tête, ahuri, pour découvrir la jument à quelques pas derrière lui, les oreilles dressées vers l’avant et poussant des sortes de grognements. Elle lui donna un second coup de museau amical sur l’épaule, et gratifia son hôte d’un regard attendri.

Chapitre 1 (Prélude à la luciole), Luciole, p. 4.

Et un petit florilège provenant d’un personnage que vous ne connaissez probablement pas (encore) : Zeitan Zu Xiang. J’en parlais plus tôt, Zeitan est le personnage-synthèse de la poisse même. Pour une raison toute simple : il est maladroit de façon maladive. Pensez à tous les types d’accident possibles, il en a très certainement subi les contrecoups une fois dans sa vie. C’est un peu mon moi maladroit à l’excès.

Zeitan était un grand gaillard dégingandé malgré la présence de quelques muscles saillants dus à ses entraînements intensifs d’escrime et au service militaire obligatoire qu’il avait exercé pendant deux ans pleins. On lui avait confié des postes mineurs allant du simple larbin à l’apprenti forgeron par intérim, car sa maladresse décourageait et inquiétait tout le monde. Un jour, votre fils se fera tuer sur le champ de bataille, ne cessait-on de répéter à son père, jour après jour, depuis sa première chute accidentelle où il s’était emmêlé les pieds et les ailes les uns dans les autres. Il avait appris l’art de l’épée contre des mannequins d’entraînement mobiles de son cru, ce qui lui avait valu d’autres bleus, ce qui n’avait surpris personne, puis avait perfectionné sa technique petit à petit.

[…]

Et, même si sa monture s’était emballée et l’avait gratifié d’un bain involontaire dans la fontaine, Zeitan avait réussi son initiation contre toute attente : son invocation au bras, en la présence d’un minuscule serpent à plumes du doux nom de Quetzalcoatl, il était devenu Invocateur.

[…]

Quetzal étendit ses ailes vertes, plana un bon mètre et disparut dans un terrier sous l’œil abasourdi de l’invocateur, demeuré bouche bée. Sa propre créature venait de l’abandonner au beau milieu d’un territoire hostile !

« Quetzal ? Quetzalcoatl ! Reviens… Reviens ! » fusa sa voix prise de panique.

On avait la poisse ou on ne l’avait pas. Et, sans conteste, Zeitan en tenait une bonne à ce niveau-là. Paniqué, il agrippa le fourreau de son épée et scruta les alentours, apercevant des silhouettes fantasmagoriques dans les ombres, fruits de son subconscient alarmé. La terre vibra sous ses pas, et il crut apercevoir l’espace d’un instant la gueule rugissante d’un lion sur sa gauche, alors que retentissaient simultanément le bêlement d’un bélier et le sifflement d’un serpent. Concentré sur cette apparition de cauchemar, Zeitan n’entrevit que trop tard le licol de fer qu’on lui lançait autour du cou et des membres, et les rires sauvages et rauques d’une bande de daēva.

Premières pages de la nouvelle Yin & Yang.

Une scène du Renard Invisible, en plein milieu des ébats d’Hermès et de Nyssa (le truc qu’on ne voit jamais dans les romans du genre) :

Ce ne fut qu’une question de temps pour qu’il l’autorise à le baigner dans l’huile d’olive à son tour. Nyssa s’attarda plus particulièrement sur les muscles saillants du torse et la courbe des hanches superbes. Elle marqua une pause devant l’aine avant de s’attaquer enfin à la dague si gracieusement sortie de son fourreau depuis le commencement de leurs ébats.

Il la rallongea ensuite sur leur couche avec langueur. Une glissade imprévue entre les draps les fit rire tous deux. L’or vert des dieux s’amusait à leurs dépens. Hermès captura encore les lèvres de la renarde apprivoisée, puis descendit couvrir de baisers les deux monts de plaisir pour poursuivre sur le nombril et terminer enfin sur le jardin secret tant convoité.

Le Renard invisible, 1ère partie (Nyssa), p. 27.

L’or vert des dieux fait référence à l’huile d’olive (oui, c’est une scène un peu spéciale *rires*).

Sans oublier, bien évidemment, nos copains lupins du monde moderne :

Un loup galopa entre les deux voitures, à la poursuite d’un rat, ombre fugace entre les tôles. Un grognement rageur fit comprendre à Zoryn que la cible s’était enfuie. Ce dernier baissa les yeux : les vêtements de Dmitri avaient été abandonnés sur le sol en petits tas informes.

[…]

Ah ! Enfin ! Le louveteau émergea de la voiture la plus éloignée et trottina dans sa direction d’un air penaud, tête, oreilles et queue basses. Il poussa un gémissement plaintif et lui lécha le bord des lèvres en signe de soumission.

« Je l’ai raté…

— Parce que tu es trop impatient. Ça fait un moment qu’ils font la loi ici. Les rats sont malins. La technique, c’est d’être plus malin qu’eux. Viens, je vais te montrer. »

Le jeune loup frétilla de la queue avec intérêt, bondissant d’excitation. Il avait de l’énergie à revendre, on allait s’en servir.

[…]

Le louveteau disparut derrière la voiture. L’ouïe de l’adulte capta le bruit de ses coussinets sur le sol bétonné en un doux tap, tap, tap incessant, puis le silence reprit ses droits. Horizon s’était arrêté, probablement devant l’un des terriers ? Il y eut des couinements, le raclement de minuscules griffes et un grognement rageur. Trop tôt ! Le jeune loup s’était impatienté et avait bondi trop tôt ! Broussaille l’entendit se poster devant un autre terrier. La clôture de fer grinça et gémit sous l’emprise du vent et d’une poussée maladroite de l’adolescent.

[…]

L’adulte relâcha sa prise et posa la patte dessus lorsque le plus jeune voulut s’en approcher.

« Je l’ai tuée, c’est ma proie », gronda Broussaille en découvrant les dents et en tirant la langue.

Aucune équivoque, il faisait simplement valoir sa primauté sur le butin en tant que supérieur hiérarchique. Horizon baissa les oreilles, recula et adopta une posture plus défensive, gueule ouverte.

« Oui, mais… on l’a tuée à deux ! protesta le louveteau.

— Comme si ça changeait quelque chose, petit.

— Mais c’est pas juste ! »

Le louveteau tenta de lui chaparder le rongeur, mais Broussaille le renvoya à ses pénates en lui saisissant le museau entre ses dents. Ils bataillèrent quelques secondes avant que le plus jeune ne se soumette en poussant de profonds gémissements. Son oncle le relâcha aussitôt et retourna se poster auprès de son butin, peu pressé de le dévorer, toutefois. Oreilles pointées vers l’avant, il reprit à l’adresse d’Horizon :

« Tu veux une part du butin ? Tue ta première proie par toi-même. Celle-là, c’est la mienne.

— Facile à dire… »

Un grondement de Broussaille fit sursauter et détaler le jeune jusqu’au fin fond de l’arrière-cour. L’oncle éclata intérieurement de rire ; ces louveteaux si facilement impressionnables !

Extrait morcelé de Mauvaise passe.

Voilà comment elle s’était retrouvée dans une soirée mondaine aux antipodes de ses aspirations, dans une robe trop serrée et affectant un air détaché qu’elle était loin d’éprouver. Elle ne désirait qu’une seule chose en cet instant : prendre ses jambes à son cou et s’enfuir très, très loin de là.

Elle balaya à nouveau la salle gigantesque du regard, crut apercevoir la silhouette de Nikolaï perdu dans la foule et s’échina à le rejoindre. Elle joua des coudes et des épaules pour disperser les quelques quidams indésirables autour d’elle, tourna un peu trop la tête et ne pût éviter la catastrophe.

« Hé ! »

Sa flûte de champagne venait d’emboutir le costume trois pièces d’un des businessmen du salon… et son contenu de se répandre sur sa chemise. Les yeux d’Elena s’écarquillèrent d’horreur, elle blêmit et bafouilla :

« P-Par…

— Non mais vous ne pouviez pas faire attention ?! Regardez-moi ce gâchis ! Mais quelle maladroite ! »

[Ellipse car les deux protagonistes s’engueulent en se lançant des « fleurs ».]

« Madame, monsieur ? Je vous prie de m’excuser, mais vous perturbez le bon déroulement de ce salon. Je vous prierais de conclure toute cette affaire à l’extérieur.

— Quoi ? Comment ? On me jette dehors ? s’indigna aussitôt le butor étouffé par sa rage montante.

— Parfaitement, monsieur. Sortez sans faire d’histoire avec votre compagne, s’il vous plaît.

— Ce n’est pas ma…

— N’oubliez pas de reprendre vos effets personnels au vestiaire avant de partir. Madame, monsieur, la bonne soirée. »

On les accompagna jusqu’au vestiaire, puis à la sortie sans plus de cérémonie.

[…]

Dehors, il pleuvait à verse.

Première scène de Pour un verre de vin…

Précisons que notre cher monsieur (il s’agit de la rencontre de Sergueï et d’Elena en fait ;)) est décrit comme un businessman, donc un type important avec le costume et tout ce qui va avec. Importance, grosse bagnole, bien friqué. Vous l’avez ? Voici :

Il la conduisit à sa voiture, une vulgaire Opel Corsa noire à quatre portes, et lui ouvrit la portière côté passager avant de s’installer à la place du conducteur. Elena pianota sur le bord du tableau de bord et lui jeta un coup d’œil intrigué.

« Pourquoi un businessman friqué se contenterait-il d’une aussi petite voiture ?

— Peut-être parce que ce businessman n’est absolument pas friqué, a loué costume et voiture dans le seul but de faire beau chic beau genre auprès de la populace ?

— C’est raté pour le costume. »

Le rire de son hôte, grave et rauque, résonna dans l’habitacle. Il cahotait, devait reprendre son souffle entre chaque goulée.

« En effet. Adieu, costume hors de prix, je t’aimais bien. »

Elena se surprit à le rejoindre et à pouffer à son tour.

« Je suis vraiment désolée, réussit-elle à articuler entre deux rires, j’aurais dû regarder où j’allais. Je cherchais quelqu’un dans la foule et… enfin voilà, la suite vous la connaissez. Je vous rembourserai la location…

— Non, ça ira. Si j’avais réussi mon jet d’esquive, rien de tout ceci ne serait arrivé.

— Nous ne sommes pas dans un jeu vidéo !

— Jeu vidéo, vraie vie, quelle différence ?

— En plus d’être lunatique, vous êtes un gros gamin naïf dans votre tête. Je note », s’esclaffa-t-elle encore.

Fin de la deuxième scène de Pour un verre de vin…

Ce rire est très glamour, vous en conviendrez *rires*.

Peu importe le personnage finalement, il y aura toujours un (ou des) moment(s) où celui-ci se trouvera confronté au ridicule. Il y en a plein que j’ai en tête (Nathanaël qui rate sa cible d’archerie à moult reprises et ne parvient pas à porter une épée, Anika qui fait des faux pas dans le monde de la noblesse, Dmitri qui se prend la même porte dans la tête presque coup sur coup, d’autres qui ratent leur coup en beauté, etc.), mais que je n’ai pas écrits. C’est une gymnastique toujours assez drôle à faire et qui donne finalement un petit sursaut de naturel en plus à la situation finalement. Et puis, on peut en jouer de manière humoristique dans la narration et les dialogues. Finalement, le ridicule nous permet d’alléger l’intrigue et d’aborder des moments de calme, voire de « fun » ou de faiblesse du personnage-héros.

Maintenant que je vous ai dévoilé quelques scènes drôles et ridicules de mon cru, je suis prête à me faire trucider par les quelques personnages que j’ai présentés dans cet article *les aperçoit se diriger vers elle, l’arme au poing*. Sur ce, je m’enfuis pour sauver ma vie !

Portez-vous bien et à la prochaine ! 🙂

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